La riposte ou la révolution ?

N'acceptant pas de me résigner face aux ravages du capitalisme, j'ai adhéré au PCF il y a environ deux ans, pour rejoindre ceux qui luttent contre ce système, ceux qui n'acceptent pas la fin de l'Histoire et proposent une alternative.

Aujourd'hui je m'interroge : le PCF est-il la bonne organisation pour lutter contre le capitalisme ? Que lui manque-t-il ? Que faudrait-il faire ?

Les paragraphes qui suivent proposent quelques réponses à ces questions, avec l'espoir de susciter un dialogue et des réactions pour élaborer les projets dans lesquels des militants comme moi auront envie d'investir leur temps et leur énergie.

Le PCF est-il encore révolutionnaire ?

Au-delà des références théoriques, l'organisation PCF n'a aujourd'hui plus aucune stratégie révolutionnaire, à savoir une idée concrète des actions à mener pour réellement bouleverser la société et ébranler le capitalisme. Même si sa base militante est d'une richesse politique extraordinaire, son encadrement et sa direction nationale ne proposent aujourd'hui comme seul horizon que "la riposte". Cette stratégie est une impasse. Elle est totalement passive. On subit le rythme des coups de l'adversaire, on le laisse choisir son terrain (qui change tous les 10 jours), on épuise petit à petit toute crédibilité politique et surtout on ne construit rien. Le tout en implorant le PS de nous aider à conserver quelques élus. Pitoyable.

Pendant que les professionnels de la politique font mine de chercher notre projet et les formes politiques qu'il conviendrait d'adopter (surtout pour leur assurer un avenir personnel), les militants ne se posent pas ce genre de questions (les réponses sont connues), mais se demandent plutôt que faire concrètement aujourd'hui.

L'urgence et la possibilité d'une stratégie révolutionnaire !

Prenons du recul. Choisissons notre combat. Contre-attaquons. Avec trois impératifs :

  • Choisissons notre rythme et notre terrain, prenons l'initiative.
  • Inscrivons-nous dans la durée, indépendamment du calendrier électoral.
  • Gardons toujours une perspective réellement révolutionnaire : notre objectif est de bouleverser en profondeur la société, pas de jouer les dames patronnesses.

L'une des clés absolument essentielles est de combattre concrètement, par la preuve, l'idée qu'il n'y aurait plus d'alternative : nous devons faire du communisme maintenant. Pour y parvenir, il faut attaquer le capitalisme au cœur, en déstabilisant les piliers sur lesquels il s'appuie. Cette stratégie pourrait s'articuler autour de trois axes :

  • La révolution dans les têtes : la fraternité contre la peur.
  • La révolution dans les villes : les coopératives contre la plus-value capitaliste.
  • La révolution dans les campagnes : l'agriculture naturelle contre la malbouffe.

Même si le pouvoir institutionnel reste un objectif car lui seul permet de modifier en profondeur certaines règles, nous allons voir qu'il est possible d'agir tout de suite et très concrètement dans ces trois axes, pour créer une dynamique autrement plus efficace que l'impasse mortifère que représente la stratégie avant tout électoraliste dans laquelle s'est enfermé le PCF depuis 20 ans.

La révolution dans les têtes : la fraternité contre la peur

La peur du chômage. La peur de la rue. La peur des jeunes. La peur de tomber malade. La peur des banlieues. La peur des étrangers. La peur de la Chine. La peur des autres.

Cultivée par les médias (comme l'a brillamment montré Michael Moore), la peur est le terreau dans lequel prospère le "libéralisme" : elle favorise le repli sur soi, sur l'individu.

Combattre la peur, c'est assécher le terreau idéologique du capitalisme. Et on peut la combattre :

  • D'abord en la nommant, en la montrant du doigt. Ce qui suppose des campagnes de communication frappantes, imaginatives et décalées. Ca ne coûte pas cher mais ça suppose d'accepter de prendre des risques.
  • Ensuite en affirmant que la peur n'est pas une fatalité, car les solutions existent. Ainsi, c'est pour ne plus avoir peur des conséquences sociales de la maladie que les travailleurs se sont dotés de la sécurité sociale à la Libération. Et si le patronat s'est appliqué depuis à la démolir petit à petit, en espérant en venir à bout définitivement ("refermer la parenthèse du Conseil National de la Résistance"), c'est bien sûr pour reprendre en main ce secteur économique, mais c'est aussi pour raviver cette peur et casser cette solidarité.
  • Enfin, en mettant en place très concrètement des actions de rencontre et de solidarité, pas pour "faire du social" mais pour apprendre à se connaître et restaurer le sentiment de fraternité entre les travailleurs, le meilleur antidote de la peur. Quelques exemples : la marche pour l'emploi organisée par les communistes du Nord – Pas-de-Calais, l'Appel aux Sans Voix (http://www.appelauxsansvoix.org), des permanences d'écrivain public, etc. A l'opposé du caritatif, c'est la dignité de lutter ensemble qu'il faut restaurer.

Dans un deuxième temps, quand nous aurons (re)trouvé une audience importante, on peut imaginer de constituer des services publics alternatifs pour reconstruire les mécanismes populaires de solidarité que le capitalisme débridé aura démolis.

La révolution dans les villes : les coopératives contre la plus-value capitaliste

A la base du capitalisme, de l'accumulation du capital financier, il y a l'extraction de la plus-value sur le travail salarié. C'est le moteur du système. On peut s'y attaquer dès aujourd'hui, en favorisant le développement des coopératives, les SCOP (Sociétés Coopératives Ouvrières de Production).

Les SCOP, c'est autant de salariés dont le travail ne vient pas grossir le capital. C'est une partie de la production qui échappe aux logiques purement financières. C'est une preuve concrète que l'on peut produire autrement, que la démocratie sur le lieu de travail n'est pas contradictoire avec l'efficacité économique. C'est la subversion au cœur du système.

On peut agir concrètement :

  • Créer un site Web de promotion des SCOP, avec une notation et un label décerné aux plus "révolutionnaires", une rubrique emploi, une bourse aux projets, des témoignages, le calendrier des fêtes (voir ci-dessous), etc.
  • Constituer un réseau de soutien juridique et de formation : aide à la reprise d'une entreprise par les salariés, aide à la création.
  • Organiser des fêtes ! Chaque salarié qui abandonne le secteur capitaliste pour rejoindre le secteur coopératif est une victoire : cette victoire doit être fêtée. On peut même imaginer une cérémonie à la manière des baptêmes républicains, pour souligner la portée subversive et révolutionnaire de chacun de ces petits événements. Ces fêtes seraient une réponse (parmi d'autres) à la perte du lien social et aux ravages qu'engendre l'absence de rites de passage dans notre société (mais ça c'est un autre débat !).

Aujourd'hui, en France, il n'y a que... 36 000 salariés travaillant dans des SCOP ! Faisons tout pour que ce chiffre soit multiplié par 10, par 100, et ceux d'en face commenceront alors à vraiment s'inquiéter ! Quand ils tenteront de réagir, par exemple en légiférant contre les SCOP, nous aurons gagné : la mobilisation sera immédiate et... ils seront venus sur le terrain que nous aurons choisi.

La révolution dans les campagnes : l'agriculture naturelle contre la malbouffe

L'agriculture industrielle constitue un axe essentiel du développement du capitalisme. Elle est aliénante tant dans ses modes de production (nouveau prolétariat agricole) que dans ses conséquences (destruction de l'agriculture vivrière et de la paysannerie) et même dans ses produits : la malbouffe est en elle-même une forme d'aliénation qui touche les plus pauvres et anéantit leur santé.

Même si la finitude et la fragilité de notre environnement n'étaient pas aussi palpables à son époque, Marx lui-même l'avait déjà affirmé : le capitalisme c'est aussi la surexploitation des ressources naturelles.

Promouvoir le développement d'une autre agriculture dans nos campagnes, c'est aussi semer les graines de la révolution ! Et les solutions existent. Je pense en particulier à l'agriculture naturelle, mise au point par le Japonais Masanobu Fukuoka. Cet ancien microbiologiste a consacré toute sa vie à mettre au point une méthode d'agriculture obtenant des rendements comparables à ceux de l'agriculture dite "moderne", mais sans mécanisation, sans chimie, sans surexploitation des ressources... ni du travail humain ! Et il ne s'agit pas de théorie, mais d'expérimentation pratique menée dans sa ferme pendant des dizaines d'années. Simple paysan, Fukuoka a d'ailleurs eu le tort d'écrire des livres et de donner des conférences pour faire connaître sa méthode. Ceux d'en face ne s'y sont pas trompés : l'armée japonaise (carrément !) a détruit ses cultures et saisi ses semences.

On pourrait ainsi :

  • D'un côté, mener des campagnes pour dénoncer les méfaits de l'agriculture industrielle, mais en mettant en évidence leur dimension politique et leurs conséquences sur la société.
  • De l'autre, promouvoir des démarches comme celles de Fukuoka, susciter ou appuyer des expérimentations, pour montrer là aussi qu'une alternative est possible.

Le rôle déterminant des élus

Avoir des élus peut parfaitement s'inscrire dans le cadre d'une telle stratégie, mais il s'agit alors d'un moyen (parmi d'autres) de démultiplier et d'accélérer les actions menées. Toutefois, ce moyen n'est en aucun cas central, et ne saurait prendre une importance démesurée au point de devenir... une fin en soi.

La dimension internationale

Dans toutes ces actions, la dimension internationale doit systématiquement être développée.

Des coopératives se sont développées dans d'autres pays, en Amérique du Sud mais aussi en Europe même. Tisser des liens privilégiés avec elles est essentiel, pour partager des expériences mais aussi pour mettre en place des coopérations industrielles et commerciales, ou encore travailler ensemble la question du protectionnisme et de la mondialisation.

De même, des projets d'agriculture naturelle voient le jour aux Etats-Unis ou en Australie, ils constituent de précieuses références et des appuis indispensables pour développer cette alternative en France.

Bon alors, faut-il rendre sa carte ?

Ce ne sont là que quelques pistes et suggestions d'actions concrètes que l'on peut mener dès aujourd'hui. A partir de là, plusieurs hypothèses se présentent pour lancer ces initiatives :

  • Doit-on ou peut-on les lancer dans le cadre du PCF ?
  • Faut-il créer une autre organisation pour mettre en œuvre cette stratégie ?
  • Ou plutôt constituer un réseau ouvert, axé sur chaque action, en invitant les militants du PCF (et d'ailleurs) à s'investir dans les actions opérationnelles qui seront imaginées ensemble ?

Qu'en pensez-vous ?

Le grand écart de Marie-George

Samedi 27 octobre. Manifestation nationale organisée par le Parti Communiste sur le thème de "la riposte". Prises de parole à Jaurès. Après plusieurs interventions très intéressantes, discours de clôture de Marie-George Buffet. Discours assez long articulé en plusieurs parties.

Commentant l'état de la scène politique, Marie-George dénonce une fois de plus la dérive droitière du Parti Socialiste et ceux qui font "un bout de chemin avec la droite", puis révèle que le PS vient d'annoncer le matin même qu'il ne s'opposerait pas au nouveau traité constitutionnel que Sarkozy veut nous imposer. Huées de l'assistance.

Quelques phrases plus tard, Marie-George affirme que lors des municipales de mars 2008, il faudra jouer le rassemblement, et malheur à ceux qui ne joueront pas le jeu. Elle ne le dit pas aussi clairement que lors de ses précédentes interventions sur le sujet, mais tout le monde met les sous-titres : la stratégie affichée par la direction nationale est de s'allier dès le 1er tour avec le PS.

Non Marie-George. Le rassemblement, c'est au second tour. Le premier tour, ça sert à montrer sa différence (s'il y en a une), à porter son projet (si on y croit) et à construire un rapport de force pour fusionner les listes de gauche au second tour, derrière la liste arrivée en tête, pour faire barrage à la droite.

Faire liste commune dès le 1er tour, c'est jeter dans les bras de la LCR tous les électeurs écoeurés par la dérive droitière du PS. C'est renforcer la bipolarisation de la vie politique que nous dénonçons tant. C'est poursuivre la stratégie qui tue le PCF lentement mais sûrement.

Dans le même discours, dénoncer la dérive droitière d'un parti qui bafoue le NON exprimé démocratiquement par le peuple français, et prôner l'alliance avec le même parti dès le premier tour, ça s'appelle faire le grand écart. Très grand. Trop grand ?

Le discours prend ensuite plus de recul, pour présenter les grands axes de nos propositions pour le pays. On a l'impression de revoir la campagne présidentielle. Et la même nausée revient : ces propositions sont très séduisantes, mais elles ne se distinguent absolument pas de celles que pourraient formuler PRS, l'aile gauche du PS.

Ce discours politique de Marie-George était un discours socialiste de gauche, pas un discours communiste ! Où est notre différence ? A quoi sert le parti communiste sur la scène politique ? Son rôle n'est-il pas d'affirmer qu'il est possible de penser autre chose que le capitalisme ? Que la question des rapports et des modes de production est au cœur de la politique ? Que la réappropriation sociale des services publics et des moyens de production peut commencer dès aujourd'hui ? Que l'espoir qui se lève en Amérique du Sud peut également s'allumer en Europe ? Que cette lumière peut venir de la France ? Que c'est le combat que veulent mener les communistes ?

Si face à un auditoire exclusivement constitué de communistes, nos dirigeants ne sont pas capables de porter une parole authentiquement communiste, comment les croire quand ils affirment possible de fondre le PCF en un "courant communiste" au sein d'un nouveau parti de gauche, grand machin de la "transformation sociale" qui serait créé à la gauche du PS ?

N'aurions-nous pas plutôt besoin d'un Parti Communiste renouvelé et renforcé, fier de son projet, capable d'ouvrir de nouvelles perspectives vers un Nouvel Avenir et de montrer comment commencer à le bâtir dès aujourd'hui ?

POUR UN REFERENDUM MILITANT SUR LES MUNICIPALES DE 2008

"Cher-e camarade.

Nous sommes toutes et tous adhérentes et adhérents au PCF. Nous sommes communistes et ne représentons aucun courant.

Nous estimons être, aujourd’hui, insuffisamment ou imparfaitement représentés au sein de nos instances dirigeantes.

Nos directions ne seront probablement pas renouvelées lors du Congrès de décembre 2007.

Elles ne peuvent cependant considérer qu'elles bénéficient d'un chèque en blanc des adhérents pour faire ce qu'elles veulent d'ici décembre 2008.

En effet, il nous apparaît que, sur certaines orientations stratégiques majeures, et compte tenu de la situation actuelle de la France depuis le « coup d’Etat sarkozyste », nos directions ne peuvent faire l'économie d'une consultation sincère et réellement ouverte de « la base ».

La question des municipales de 2008, de listes communistes, et de l’alliance avec le PS, est une de ces orientations majeures, d’autant que le PS a choisi d’en faire une question nationale.

Aussi, nous réclamons aujourd’hui, très fraternellement mais fermement, par la présente pétition, que soit organisé d’urgence un référendum militant national sur ce sujet.

Cette question est fondamentale, d’un point de vue politique, idéologique et électoral ; nous pensons que la réponse à cette question conditionne notre futur et notre résistance à la droite réactionnaire et capitaliste, et nous tenons donc à ce qu’elle soit tranchée par les militants eux-mêmes, avant le Congrès de décembre prochain.

Nous n’ignorons pas que le référendum militant n’est malheureusement pas prévu par les statuts du PCF, mais nous pensons qu’une situation exceptionnelle mérite une réponse exceptionnelle, comme ce fut le cas par deux fois pour soutenir la candidature de Marie-George Buffet auprès des collectifs.

Nous ne pouvons imaginer que nos camarades dirigeants n’entendront pas nos voix.

Voici donc le texte des trois questions que nous souhaiterions voir posées ensemble sur ce sujet par la voie du référendum :

- Souhaitez-vous que le PCF présente des listes menées par les communistes au premier tour des municipales, en se réservant éventuellement le droit de fusionner entre les deux tours avec d’autres listes de gauche majoritaires ? OUI/NON

- Souhaitez-vous que l’union avec des listes de gauche ne puisse se faire que sur la base d’un programme commun minimum et d’un accord conférant un réel pouvoir aux communistes ? OUI/NON

- Souhaitez-vous que, le cas échéant, certaines dérogations locales puissent être apportées à ce principe dès le premier tour en fonction de l’état des forces sur le terrain ? OUI/NON

Etant entendu qu’auront le droit de participer à ce référendum tous les militants à jour de leur cotisation au 1er mai 2007.

Cette pétition sera portée solennellement et en délégation, Place du Colonel-Fabien, au siège du PCF avant le congrès de décembre 2007.

Salutations fraternelles."

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Pour information :

Cette pétition est une initiative de militants communistes, destinée aux adhérent-e-s du PCF, Bellaciao ayant simplement accepté de nous mettre ses moyens techniques à disposition.

Vous pouvez la signer en ligne sur Bellaciao, ou encore, manifester votre soutien sur le blog de Mouton Noir (vous y êtes !), de La Louve ou de Sad, entre autres, et également, renvoyer la pétition par voie postale à Bellaciao / Pétition, 120 rue Lafayette 75010 Paris.

N’hésitez pas à la faire circuler et à en discuter, notamment en section (notre but n’étant pas de désorganiser le Parti mais au contraire, d‘œuvrer à sa réorganisation nécessaire).

La clôture des signatures est fixée au 30 octobre 2007.

Premiers signataires, par ordre alphabétique (merci de mettre vos nom, prénom, ville, section) :

Saddok Abed, PCF Lyon Croix Rousse
Erwan Baete, PCF Paris 20è
David Blumental, PCF Paris 20è
Liet Kynes, PCF Paris 17è
Philippe Lelong, PCF Paris 20è
Jacques Michel, PCF 94, Plateau Briard
Christian Monzier, PCF Paris 19è
Paul Réginer, PCF Brest
Maguy Ruiz, PCF Montpellier Sud
Elodie Tuaillon, PCF Paris 17è
Max Weinstein, PCF Paris 17è

Congrès 2007, municipales 2008 : que sonne le glas !

Prétendant que la "modernité" est de son côté, une partie importante de la direction du PC, lourdement appuyée par le quotidien l'Humanité, s'apprête à créer un "parti de la transformation sociale" en tentant au passage un holdup sur le patrimoine du PCF qui serait dissout dans cette "nouvelle force".

En fait de modernité, cette direction veut surtout s'inscrire dans la continuité. Celle d'une stratégie électoraliste à court terme, fondée sur une alliance avec le PS... stratégie qui nous a menés là où nous sommes.

Et pour les municipales 2008, on remet le couvert : liste communes avec le PS, et dès le premier tour s'il vous plaît ! On continue comme si de rien n'était. A l'heure où la survie du parti est en jeu, la base militante a-t-elle été démocratiquement consultée sur cette option stratégique fondamentale, mortelle même ? Vous rigolez !

Le PS est devenu un parti capitaliste, résolument converti aux thèses dominantes du néolibéralisme, mâtinées de bons sentiments caritatifs. Depuis 30 ans, le PCF crève de n'avoir pas marqué sa différence, en portant un projet radicalement anticapitaliste, d'avoir cherché avant toutes choses à gagner ou conserver quelques élus en acceptant le rôle de pseudo-aiguillon, ou plutôt d'alibi gauchiste du PS.

Ce n'est pas le vote utile qui nous a tués, c'est plutôt que le vote communiste est devenu un vote inutile !

Effectivement, la continuité de cette stratégie va nous achever, ouvrant la voie à la création d'un PS "de gauche" dans lequel certains de nos élus et dirigeants pourront se réfugier et retrouver des places.

Par avance et structurellement prêt à toutes les compromissions, ce nouveau parti de la transformation sociale rejoindra la cohorte des partis socio-démocrates européens: le capitalisme peut dormir tranquille, le peuple peut souffrir et se résigner, avec eux notre idéal restera pour l'instant encore un godemichet intellectuel pour penseurs engagés.

Effectivement, comme l'explique mon camarade David, il existe une voie étroite entre une recomposition politicarde à courte vue et un repli identitaire passéiste. Une voie qui passe d'abord et avant tout par un renforcement idéologique, par l'affirmation d'un projet politique clair, par une redéfinition des pratiques d'exercice du pouvoir, par la mise en cohérence du rôle des élus dans ce projet politique, et par une stratégie tournée vers l'action et la transformation tout de suite des rapports sociaux (comme nous avons commencé à l'esquisser dans ce premier document)... Une voie qui peut nous mener à terme à une recomposition et une remobilisation du camp anticapitaliste.

Mais je commence à douter sérieusement que le PC tel qu'il est aujourd'hui puisse emprunter cette voie. Je suis attaché à un idéal, à un projet politique, pas à une structure qui n'est pas une fin en soi. Alors si cette structure traverse ce congrès 2007 et ces municipales 2008 comme on peut le craindre, il faudra bien prendre acte de la fin d'une séquence, de la fin du PCF, et emprunter cette voie étroite de la construction d'une alternative au capitalisme sur des bases nouvelles.

Un Nouvel Avenir - Propositions communistes pour le 21ème siècle - Economie

Prologue à l'attention des militants communistes... et des autres

Ce dont crève toute la gauche aujourd'hui, c'est d'absence de projet politique constituant une réelle alternative au capitalisme. Changer de nom ? C'est un beau nom que communiste. Mieux vaut changer un discours qui n'est pas toujours à sa hauteur que changer le nom lui-même. Créer un nouveau parti ? Cela se fera peut-être un jour. Mais surtout pas de façon politicienne et prématurée. Une recomposition politique ne s'improvise pas. En revanche, si elle doit avoir lieu, cela ne sera possible que si les forces en présence ont un discours clair et dense. Encore faut-il l'avoir. Et c'est à cette urgence que nous sommes d'abord confrontés.

Pendant qu'une partie de notre direction s'embourbe dans les marécages de la recomposition, les militants (du PC et d'ailleurs) sont nombreux à rester convaincus que c'est du côté du communisme que l'espoir peut revenir, et avec l'espoir les mobilisations dans les luttes... et dans les urnes.

A l'opposé des catalogages médiatiques et des renoncements électoralistes des édiles, le communisme reste une pensée extrêmement riche et vivante. Il était urgent d'ébaucher une synthèse de cette pensée, pour donner à voir un projet politique dont puissent se saisir les militants.

C'est l'objet de cette première note, consacrée au projet économique. D'autres suivront pour la compléter dans d'autres domaines (énergie, environnement, éducation, etc.) ou l'approfondir sur certains points, en particulier la lutte contre la mondialisation capitaliste.

A quelques semaines d'un congrès très extraordinaire du Parti Communiste, ce document est "versé au débat" dans l'espoir que celui-ci se concentre sur les contenus et le projet, afin qu'émerge enfin une alternative solide et mobilisatrice.

Un nouvel avenir

Propositions communistes pour le 21ème siècle

Première note : le projet économique

Alors qu'il va devoir faire face à des enjeux sans précédent dans les années qui viennent, le monde est aujourd'hui dominé par une violence qui détruit la fraternité entre les hommes et les peuples pour faire de l'autre un concurrent ou un ennemi, une violence qui ravage la Terre sur laquelle nous vivons. Une violence inhérente à un système qui repose sur l'exploitation maximale de l'Homme et des ressources naturelles, et qui porte un nom : capitalisme.

Dans leur grande majorité, les Français et les Européens sont comme stupéfaits. L'Histoire s'est arrêtée. Ou plutôt elle leur échappe et suit son cours inévitable... car sans alternative.

Nous, communistes, n'acceptons pas qu'après 8 000 ans d'Histoire depuis les premiers signes qu'il a gravés sur une tablette, l'Homme en soit encore réduit à la crainte du lendemain, à la précarité, parfois à un véritable esclavage.

Nous sommes convaincus que c'est aux citoyens de décider des biens et services dont ils ont besoin, et à eux d'organiser "en commun" la façon dont ils doivent être produits.

C'est ça le communisme.

Comme pour toute grande pensée, le pire et le meilleur ont été faits en son nom. Le pire nous a beaucoup appris, et surtout que le peuple ne doit jamais abandonner sa souveraineté dans les mains de quelques-uns, qu'ils se proclament "guides éclairés" ou... qu'ils accaparent le capital nécessaire à la production.

Un autre monde est possible ? Non seulement nous l'affirmons, mais nous ajoutons que c'est une question de survie, une urgence absolue pour l'Homme et la planète !

Plus que jamais, les technologies et les ressources dont nos disposons permettent de penser un autre monde, un projet politique "en commun" pour la France, l'Europe et le monde du 21ème siècle. C'est ce projet communiste que nous souhaitons vous présenter en quelques lignes, pour vous faire découvrir son actualité, vous convaincre que l'Histoire ne s'est pas arrêtée et que l'on peut penser le monde autrement, enfin pour vous donner l'envie de nous rejoindre pour élaborer avec nous ce projet et lutter ensemble pour qu'il devienne une réalité.

Des dizaines de pages ne suffiraient pas... Sur quelques sujets essentiels, nous avons donc choisi d'esquisser notre visée, de citer quelques grandes mesures d'urgences que proposerait un gouvernement communiste, et enfin de montrer comment le Parti Communiste peut agir dès maintenant, sur le terrain et avec ses élus.

En commençant par les questions économiques, car "il faut faire la révolution économique en permanence, faire du communisme maintenant !" (Karl Marx).

1. Secteur public, secteur privé : qui fait quoi ?

Avant de détailler nos propositions pour l'économie et les services publics, il est important de bien préciser les critères employés pour répartir les différents secteurs d'activité dans chaque catégorie.

Les services publics

"Les services publics sont un instrument essentiel de la solidarité sociale et de l’effectivité des droits fondamentaux. Et pas n’importe quel instrument : ils opèrent une redistribution sociale et géographique sous une forme collective et non monétaire." (Yves Salesse).

Ils sont gratuits (le bénéficiaire ne paye pas directement le service rendu). Ils sont nationaux (le service est rendu de façon identique sur tout le territoire). Ils sont financés par l'impôt et/ou des cotisations sociales.

Les principaux services publics sont ainsi : la sécurité (police / armée), la justice (et les prisons), la santé, l'éducation et la formation continue, la recherche, la culture, la protection sociale (petite enfance, maladie, chômage, logement, vieillesse, dépendance).

Le secteur public marchand

Le secteur public marchand regroupe toutes les grandes infrastructures nationales et certains secteurs stratégiques indispensables au tissu économique et à la qualité de vie de tous.

Ils sont payants (le particulier, l'entreprise ou la collectivité paye directement pour le service rendu). Ils sont nationaux, régionaux ou locaux. Ils sont financés par les usagers (mais également avec la contribution de la collectivité). Ils nécessitent des investissements à long terme, tant pour leur entretien que pour leur développement, ou relèvent de l'aménagement du territoire. Ils ne sont gérés efficacement que dans le cadre d'un monopole sur le territoire concerné, en raison notamment de leur nature d'infrastructures de réseau.

Le secteur public marchand regroupe ainsi : l'énergie, les transports, les télécoms, la banque et l'assurance, la poste, l'accès aux ressources naturelles (l'eau en particulier) et l'armement.

Le secteur concurrentiel

Il regroupe tous les autres secteurs d'activité, exercés de façon concurrentielle : des services ou produits concurrents sont proposés sur le même territoire par des agents économiques distincts.

2. Les services publics : pour l'effectivité des droits fondamentaux

Quelle légitimité peut avoir un gouvernement pour imposer des devoirs à ses citoyens quand beaucoup de droits fondamentaux sont devenus lettre morte ? Aucune. Et cela a notamment pour conséquence le développement de zones qui sont autant "de non-droit" que "de non-devoir," autour desquelles l'escalade de la violence contre un Etat policier est inéluctable.

Nous affirmons que seul un Etat qui garantira l'effectivité des droits fondamentaux pour l'ensemble des citoyens et des territoires disposera de la légitimité suffisante pour exiger le respect des devoirs, et de l'autorité nécessaire pour assurer la sécurité de tous, qui est également un droit fondamental.

La mise en œuvre de ces droits fondamentaux qui concrétisent le "contrat social" d'un Etat, ce sont les services publics. Mais des services publics profondément rénovés autour de deux axes essentiels : la gratuité et une gestion tripartite par l'Etat, les personnels et les usagers.

La gratuité des services publics : une question de bon sens !

La gratuité ne signifie pas que cela ne coûte rien, mais simplement que parce que l'on a besoin de ces services justement quand on fait face à une situation difficile, à laquelle nous pouvons tous être confrontés un jour ou l'autre, nous faisons le choix solidaire de mutualiser les coûts pour nous protéger ensemble face à ces risques de la vie. Chacun contribue à la hauteur de ses moyens (sous forme de cotisations) et peut bénéficier de ces services "gratuitement" (sans avoir à payer au moment où il a recours au service).

Prenons l'exemple de la santé. La marchandisation croissante de ce secteur constitue un risque majeur pour nous tous, et va coûter très cher à l'ensemble de la société. Aux Etats-Unis, les dépenses de santé représentent une part beaucoup plus importante de la richesse nationale, mais les populations sont en bien moins bonne santé qu'en France. Hyper-privatisé, leur système de santé est devenu plus coûteux et moins efficace que le notre... et pourtant on veut nous imposer les mêmes recettes ! Des vaccins trop efficaces sont abandonnés car pas rentables, des traitements longs et coûteux sont privilégiés, la prévention est totalement négligée, la prise en charge des soins par la sécurité sociale diminue à vue d'œil...

Au contraire, nous affirmons que la dé-marchandisation de la santé sera beaucoup plus efficace : la mutualisation des risques et des coûts est une meilleure solution pour chacun (nous ne sommes plus à la merci des accidents de la vie) et pour tous (la santé publique est renforcée, les dépenses de santé sont maîtrisées). Sur ce dernier point, la réintégration des laboratoires dans le secteur public permettra d'économiser les budgets faramineux qu'ils consacrent au marketing (et que nous finançons avec nos cotisations à la sécurité sociale) et de réorienter leurs recherches non pas dans le but d'une rentabilité financière maximale pour l'actionnaire, mais d'une santé publique optimale. Ce qui n'est pas contradictoire avec l'efficacité économique, car cette approche reste "rentable" pour la société : on dépense moins pour une meilleure qualité.

Une gestion tripartite pour des vrais services vraiment publics

Mais dans la santé comme pour les autres services publics, il ne faut pas remplacer la caste des financiers par celle des technocrates ou des hauts fonctionnaires. Pour que les services publics demeurent efficaces et remplissent leur mission auprès de la population, il faut que les personnels de la fonction publique aient leur mot à dire, car ce sont eux qui sont confrontés à la réalité du terrain et sont souvent les mieux placés pour percevoir la réalité des besoins et imaginer les meilleures solutions. Mais il faut également que les principaux intéressés, les "usagers," soient également entendus, et même impliqués, pour qu'ils puissent s'approprier ces services.

Ainsi, les services publics sont des exécutifs qui mettent en œuvre les grandes orientations décidées par l'Assemblée Nationale, mais tant localement qu'au niveau central, ils doivent être contrôlés par des structures tripartites comportant des représentants de l'Etat ou des collectivités, des personnels et des usagers.

3. Le secteur public marchand : une infrastructure efficace

L'urgence : préserver la sécurité et l'avenir

Parce qu'il représente un gigantesque gisement d'accumulation de capital, mais aussi parce qu'il constitue une expression concrète de la solidarité entre citoyens, et à ce titre représente un obstacle idéologique à la suprématie des valeurs de concurrence et d'individualisation dont a besoin le capitalisme, le secteur public marchand en est depuis plusieurs années l'une des cibles privilégiées.

Le développement de ces activités dans un cadre public et monopolistique relève pourtant du bon sens :

  • Parce que le secteur privé exige une rentabilité de plus en plus élevée et de plus en plus rapide des capitaux investis, incompatible avec les investissements lourds qu'exigent ces secteurs d'activité, qui ne se rentabilisent qu'à très long terme.
  • Parce que la concurrence est ici absolument inefficace (le privé reconstitue d'ailleurs très rapidement des oligopoles après avoir justifié les privatisations par le dogme de "l'ouverture à la concurrence").
  • Parce que le développement de ces infrastructures indispensables au tissu économique et à la qualité de vie de tous relève de l'aménagement du territoire ou de la souveraineté nationale, et ne saurait donc être géré autrement que par et pour le peuple.

En conséquence, et afin de préserver l'avenir et la sécurité de ces infrastructures nationales, seront (ré)intégrés dans le secteur public marchand : l'énergie, les transports, les télécoms, la banque et l'assurance, la poste, l'accès aux ressources naturelles (l'eau en particulier) et l'armement.

Un secteur à reconstruire

Mais le transfert de la propriété de ces secteurs d'activité à la collectivité ne résout pas tout. Il n'est qu'un préalable indispensable pour lancer un grand chantier qui prendra le contrepied exact du processus mis en œuvre depuis plusieurs années par le capitalisme pour se les accaparer, et qui se décompose en trois phases :

  • Morcellement : séparation du réseau, de la production et de la distribution (que ce soit pour le train ou encore pour l'énergie), de l'électricité et du gaz, etc. pour faciliter ensuite le démantèlement.
  • Dégradation : des statuts des personnels mais aussi et surtout de la qualité de service, pour préparer l'opinion publique (ah ces fonctionnaires, tous des fainéants ; ah les services publics, c'est vraiment pas efficace ; ça sera tellement mieux avec le privé...).
  • Privatisation : directement ou par le développement d'opérateurs privés concurrents.

A la privatisation nous répondons par la nationalisation de ces infrastructures, indispensable car si elles restent même en partie aux mains de structures privées, les logiques de rentabilité financière à court terme referont toujours surface.

A la dégradation nous répondons par la revalorisation du statut des personnels, et la reconstitution d'un service de qualité qui passe par la mise en œuvre d'un pilotage tripartite impliquant les personnels, les usagers et les collectivités (locales ou nationales). Ce pilotage est indispensable pour réussir la réappropriation sociale de ces infrastructures et garantir leur efficacité pour le pays et pour les usagers.

Au morcellement nous répondons par l'intégration de la chaîne de valeur et l'intégration territoriale, seules capables d'apporter la pérennité économique de l'ensemble mais aussi la péréquation du service entre les différentes catégories d'usagers et les différents territoires. Mais cette intégration devra également se donner pour perspective le cadre européen...

Le rôle particulier du secteur bancaire

Dans le secteur bancaire, l'implication des collectivités permettra d'orienter les décisions d'investissement et donc de développement en fonction des impératifs d'aménagement du territoire, de relocalisation et de ré-industrialisation.

Des luttes à mener tout de suite

Face à la mise en œuvre violente du programme libéral, de multiples luttes sont à mener dans l'urgence : EDF, GDF, SNCF, La Poste...

Dans toutes ces luttes, nous devons mettre en évidence le processus de morcellement / dégradation / privatisation, en montrant bien qu'il s'agit d'une stratégie voulue et pilotée par des décideurs, mais en aucune façon d'une fatalité.

Il est également indispensable de lutter contre l'opposition usagers / personnels, contre l'idée que le privé serait meilleur, plus sûr, moins cher... Une réflexion est à mener du côté des syndicats pour montrer qu'au-delà de leurs statuts, c'est tout un projet de société qu'ils défendent, pour le bien de tous et en premier lieu des usagers.

Ces luttes peuvent aussi s'appuyer sur des campagnes nationales ou locales d'alerte sur la dégradation organisée des services publics. On pourrait par exemple tagger les trains de banlieue qui restent en service malgré une maintenance insuffisante, en y inscrivant en rouge "matériel dangereux – le capitalisme joue avec votre sécurité" et en distribuant des tracts aux usagers pour expliquer, chiffres à l'appui, d'où vient la détérioration de la qualité et de la sécurité du service.

Ce type d'actions doit permettre de percer la chape de plomb médiatique et d'ouvrir le débat idéologique au niveau national.

Dans les collectivités locales où ils sont présents, les élus communistes peuvent aussi contribuer à la réappropriation sociale des infrastructures et des réseaux (eau, transports, etc.). Ils sollicitent l'implication des citoyens dans la gestion de la collectivité, à tous les niveaux.

4. Le secteur concurrentiel : une économie par et pour les citoyens

La visée communiste : l'appropriation sociale des moyens de production

Les moyens de production, ce sont le capital, les machines, le savoir-faire, les brevets, les ressources naturelles... tout ce qui permet de produire. L'appropriation sociale, c'est gérer en commun ces ressources, décider ensemble de leur usage et de la façon d'en répartir les fruits.

Comme l'ont affirmé Marx et Engels, la révolution est un processus qui se nourrit notamment des contradictions et des antagonismes de classe. En décrétant artificiellement la fin de ces contradictions par l'abolition complète et rapide de la propriété privée des moyens de production, les pays de l'Est, et en premier lieu l'URSS, ont sclérosé ce processus et empêché leurs peuples de maîtriser leur émancipation.

Forts de cet enseignement, nous proposons au contraire de ne pas abolir d'emblée la propriété privée des moyens de production dans le secteur concurrentiel, mais par contre de modifier immédiatement ses règles de fonctionnement de façon à en supprimer les conséquences les plus nocives socialement, mais aussi et surtout à favoriser le développement au sein de ce secteur concurrentiel d'un sous secteur coopératif, caractérisé par une propriété et une gestion collective des moyens de production, ce sous-secteur étant appelé à supplanter progressivement le secteur "privé".

Bâtir une nouvelle économie

L'économie "de marché" sera ainsi immédiatement réorientée au service des citoyens (alors qu'aujourd'hui c'est elle qui asservit les peuples), par deux moyens :

- La définanciarisation de l'économie : coup d'arrêt aux transactions spéculatives (par l'interdiction et/ou la taxation) ; instauration d'un droit de préemption sociale en cas de délocalisation, de dépôt de bilan, de rachat ou de fermeture d'un site (le personnel peut voter la réappropriation sociale et exproprier les actionnaires).

- La démocratisation de l'entreprise : renforcement de l'inspection du travail, instauration de nouveaux droits pour les salariés (notamment d'information et d'intervention sur la gestion de l'entreprise), révocabilité des dirigeants, ouverture du conseil d'administration aux personnels, aux collectivités locales et aux clients ou usagers.

Et pour préserver cette nouvelle économie, lui permettre de s'insérer dans l'économie mondiale tout en favorisant le développement de partenariats internationaux, un protectionnisme souple, à la fois défensif et offensif, sera mis en place : défensif par l'instauration d'une taxe à l'entrée sur le marché national, variable en fonction du secteur d'activité et des conditions du pays d'origine ; offensif par l'affectation d'une partie des ressources de cette taxe à l'aide au développement des pays partenaires.

Faire reculer le capitalisme dès aujourd'hui

Le Parti Communiste peut contribuer dès aujourd'hui à réduire l'emprise du capitalisme et à favoriser l'implication de tous dans la gestion de notre vie quotidienne.

Pour se développer, le capitalisme s'appuie sur un "moteur à deux temps" : le salariat (qui permet d'extraire la plus-value sur le travail) et la consommation (qui permet de récolter les fruits de cette extraction). Nous affirmons qu'il est possible de gripper ce moteur, de l'affaiblir dès aujourd'hui.

Le secteur coopératif est déjà une réalité. En constituant une coopérative, des travailleurs peuvent retrouver un emploi et briser le premier temps du moteur du capitalisme : l'accumulation du capital par l'extraction de la plus-value (les bénéfices) sur le dos du travail salarié. Le Parti Communiste doit s'investir dans le secteur coopératif, soutenir les salariés qui se lancent dans cette aventure, développer une véritable expertise juridique et opérationnelle dans ce domaine.

Pour favoriser le développement de ce secteur coopératif, nous devons également réorienter vers lui une partie de la consommation, pour briser le second temps du moteur du capitalisme. Mais la consommation prend deux formes : individuelle (les ménages) et mutualisée (les collectivités et l'Etat). Dans les collectivités locales où ils sont présents, les élus communistes peuvent ainsi jouer un rôle déterminant, en favorisant le secteur coopératif dans l'attribution des marchés publics.

Chaque salarié qui quitte le secteur capitaliste pour le secteur coopératif est une victoire qui doit être fêtée ! Chaque produit ou service consommé en dehors de la sphère capitaliste est également une victoire. Dès aujourd'hui, chaque section, chaque militant, chaque élu du parti peut contribuer à accumuler ces petites victoires, pour commencer à vider le capitalisme de sa substance. De nouveaux liens pourront également se tisser avec d'autres peuples qui ont développé des stratégies comparables, notamment en Amérique du Sud (en Argentine en particulier).

Bien sûr ces victoires ne suffisent pas, mais elles conforteront la crédibilité et l'audience de notre projet, pour que la possibilité même d'une alternative s'impose à nouveau. Et cette possibilité est la condition première pour que renaisse l'espoir, indispensable pour obtenir une réelle mobilisation, dans les luttes comme dans les urnes.

Car en attendant de gagner le pouvoir politique, les luttes restent indispensables pour empêcher les privatisations, véritable hold-up sur notre patrimoine national, et arracher au capitalisme des améliorations des conditions de travail et des salaires.

Nous n'attendons pas le grand soir, la révolution commence aujourd'hui !

Septembre 2007
Texte collectif rédigé par des militants du PCF Paris 20ème.