Pas encore de réunion de cellule, section ou autre, tout ça commencera à la rentrée. Pour l'heure, le PC du 20ème a renoué avec la tradition du bal populaire du 14 juillet, organisé Place des Grandes Rigoles. Traduction pour le militant en herbe : collage d'affiches et tenue du bar.
Moi qui pensait ne coller, hélas, que les affiches du bal, j'ai été servi : en fait, ce dimanche après-midi, le local de la section se transforme en atelier de pliage et de préparation de centaines d'affiches du PC, de l'Humanité (on en reparlera) et de sa fameuse fête (on y sera). Le tout filmé par des étudiants en cinéma qui préparent un documentaire sur "les nouveaux militants" (mais c'est que pour l'école et surtout pas pour la télé, nous rassurent-ils).
C'est marrant de coller des affiches du PC un dimanche après-midi dans son arrondissement… les gens s'arrêtent, attendent de voir ce que vous collez, et quand ils voient que c'est pour le PC ils font un petit sourire ou ont un mot d'encouragement. Mais ça peut aussi déclencher une discussion d'une demi-heure le balai de colle à la main, avec une mère et sa fille qui voudraient bien que les choses changent mais ne voient pas ce que le PC a à proposer… Bien d'accord avec elles sur ce point (pas sur d'autres, la discussion était animée) : il faut aujourd'hui que la gauche, et pourquoi pas le PC, soit capable de proposer un vrai projet politique, un vrai programme, adapté au monde d'aujourd'hui. Au boulot !
Lieu stratégique s'il en est, le bar m'a permis d'observer tous ces petits riens qui finalement sont plein de sens : la disponibilité et l'ouverture des autres militants, les responsables et les élus qui paient scrupuleusement toutes leurs consommations, les habitants du quartier qui vous félicitent et vous encouragent quand ils découvrent que c'est le PC qui organise le bal.
Deux générations se croisent
Les échanges et contacts que j'ai pu avoir à ces différentes occasions m'ont laissé une impression étrange. Si mes premières discussions avec Patrice Bessac et la lecture des dernières publications du PC m'ont permis de discerner un "nouveau PC", j'ai l'impression qu'aujourd'hui ce sont bien deux générations qui se croisent dans ce parti.
Celle des 50-70 ans a vécu la fin de la guerre froide et l'écroulement du Mur. Pour ces militants profondément humains et dont l'engagement communiste est animé par une solidarité sincère envers leurs semblables, se faire renvoyer à la figure sur le terrain l'image du goulag (pour résumer) a constitué une vraie blessure, toujours douloureuse aujourd'hui. Cette génération semble encore réticente à s'avancer à découvert, au-delà des espaces qui lui sont familiers.
A l'inverse, la génération des 30-40 ans n'a pas intériorisé ce traumatisme, mais ne l'ignore pas pour autant. Elle est aujourd'hui prête à aller au contact des gens et à s'afficher sans complexe, et peut permettre au PC de redevenir un grand parti de gauche dans lequel beaucoup de monde pourra se reconnaître.
Mais comme je l'évoquais dans une note précédente, cela passe par une bonne compréhension de cette appréhension que beaucoup semblent encore avoir envers le PC, pour mieux la dépasser.
L'Humanité ?... j'enrage !
Ce fameux dimanche après-midi, nous avons notamment collé les affiches de la dernière campagne de l'Humanité. Vous les connaissez probablement : quelques visuels bien trouvés, en noir et blanc avec les phrases "L'humanité est un combat quotidien" ou encore "Dans un monde idéal l'Humanité n'existerait pas". Comme il me paraissait difficile de coller des affiches pour un journal que je n'ai jamais lu, je me suis empressé de l'acheter très régulièrement…
Je ne sais pas quel est son statut "officiel", mais ce journal est bien celui du PC… puisqu'il s'appuie largement sur ses militants pour sa publicité et sa diffusion. De plus cette campagne d'affichage le présente comme un vrai journal de combat et de lutte.
Alors là, j'avoue que je suis tombé de haut : un mélange de Libération (articles gauchisants plutôt fades) et de 20 Minutes (dernières péripéties de l'affaire Alègre, dépêches d'agences et autres chiens écrasés, plus trois ou quatre pages de sports). Avec quand même quelques éditos et dossiers intéressants, par exemple sur les ordonnances que nous prépare le gouvernement pour cet été (contrat nouvelle embauche, etc.).
Mais quelle déception ! Pourquoi s'évertuer à vouloir faire un quotidien généraliste un peu engagé, alors qu'un vrai journal de lutte, de combat et d'idées fait aussi cruellement défaut aujourd'hui ? Pourquoi utiliser aussi mal cet outil fantastique que représente un quotidien, surtout en cette période où tant de choses se jouent et alors que la Politique doit reprendre toute la place qu'elle mérite ?!
Archaïsme et modernisme ne sont pas où l'on croit !
Au-delà du simple décryptage des projets d'ordonnances, ce sujet aurait pu être l'occasion de bien montrer de quel côté se trouvent aujourd'hui l'archaïsme et le modernisme.
Depuis des années, la classe politique de droite (et même en partie "de gauche"), complaisamment relayée par les médias, s'évertue à faire passer pour "archaïque" toute volonté populaire ou syndicale de conserver des droits et des acquis conquis de haute lutte depuis deux siècles, tandis que le "modernisme" serait du côté de ceux qui veulent "libérer les entrepreneurs" en massacrant le code du travail.
Les projets d'ordonnance nous donnent l'occasion de commencer ce travail immense de reconstruction, de repositionnement et de communication pour montrer de quel côté se trouve vraiment l'archaïsme et le modernisme.
L'archaïsme, c'est vouloir revenir au temps de Germinal et considérer que l'Homme est là pour servir l'économie. Le modernisme, c'est être capable de repartir d'une feuille blanche pour définir un projet politique nouveau, centré sur les valeurs et aspirations fondamentales de liberté, d'égalité et de fraternité, et adapté au monde d'aujourd'hui.
Non mais !
