La cellule Blanqui comme si vous y étiez
Mais que se passe-t-il donc dans une cellule du PC ? Enfin dans la cellule Blanqui, et après seulement deux réunions, histoire de relativiser…
A Paris, chaque arrondissement est couvert par une section, et au sein d'une section la cellule réunit les militants d'un même quartier. La notre se réunit toutes les trois semaines, mais comme tout le monde n'est pas là à chaque fois nous sommes 5 à 10 en réunion de cellule.
On se salue, on s'assoit et voilà Jean-Marc qui attaque d'emblée par une présentation commentée de l'actualité politique, nous invitant à réagir, à l'analyser et à en débattre. Le "compte-rendu" (j'ai appris depuis que ça s'appelle comme ça) sert de matière au premier temps de la réunion : celui de la réflexion, de l'analyse politique et de l'échange autour de l'actualité (on est servis ces temps-ci, la matière ne manque pas !).
C'est plaisant, passionnant et utile :
- plaisant parce que ça fait quand même du bien d'échanger avec des gens avec qui on partage quelques convictions essentielles ;
- passionnant parce qu'au-delà de ces valeurs communes il existe néanmoins des différences d'appréciation et d'analyse, dont la confrontation est toujours enrichissante (que l'on change ou non d'avis) ;
- utile parce que ça permet d'apprendre des autres, d'approfondir et de nourrir notre réflexion politique, pour mieux porter, présenter et argumenter nos positions par la suite.
Après la réflexion et l'analyse, c'est le temps de l'action : Comment concrètement relayer et articuler localement les campagnes nationales (tracts, forums, etc.) ? Quelles actions initier dans notre quartier pour faire connaître nos idées et faire avancer ce projet d'une véritable alternative au libéralisme ? Les formes sont multiples : réunions d'information, participation aux comités locaux du NON, tracts et collages, présence régulière le dimanche, suivi des mouvements en cours (occupation d'école), conseil de quartier, suivi des projets d'urbanisme (dépôt Lagny), etc.
Crise d'identité du communisme : Marx s'est-il trompé ?
Ce qui me frappe le plus à travers les discussions de début de réunion de cellule, et que j'ai également retrouvé lors de l'AG de section, c'est la confusion qui semble régner autour de l'identité profonde du communisme. C'est un peu la boîte de pandore que personne n'ose ouvrir franchement, tout simplement parce que ça fait vraiment débat : sommes-nous pour ou contre l'abolition de la propriété privée des moyens de production, donc du capital ?
Car historiquement, et pour le peu que s'en souvienne le Français moyen, quand on dit communisme c'est de cela qu'il est question. Et pour certains de totalitarisme. Quand j'évoque aujourd'hui mon engagement au PC, ces deux thèmes reviennent souvent. J'ai donc essayé d'y réfléchir un peu, d'autant plus que je n'étais moi-même pas très clair là-dessus.
Je me suis replongé dans le Manifeste du Parti Communiste (Marx/Engels), et plus précisément dans l'édition de 1986 commentée par François Châtelet, et notamment la note 26 (j'ouvre grand le parapluie parce que je sens que mon téléphone va sonner – je demande par avance la clémence des lecteurs marxistes et historiens avertis, qui voudront bien excuser l'impudence, l'ignorance et l'insolence de ce qui va suivre, et me remettre dans le droit chemin si nécessaire !).
En gros, que dit Marx ? Que l'abolition de la propriété privée des moyens de production est nécessaire et suffisante pour émanciper le prolétariat, et qu'elle constitue l'acte fondateur de la révolution prolétarienne devant conduire au communisme. Il ne considère pas nécessaire de préciser les modalités d'exercice et de contrôle du pouvoir par le prolétariat émancipé, car l'Homme est tellement bon que tout ira forcément bien dans le meilleur des mondes (dring !).
Et bien non. La propriété privée du capital a bien été supprimée dans de nombreux pays au cours du XXème siècle, mais ça n'a pas fait systématiquement le bonheur des gens. Dans certains cas ce fut même plutôt exactement le contraire : ça n'a pas empêché le totalitarisme et la dictature d'une nouvelle classe.
Aujourd'hui, les communistes ne doivent pas occulter cette histoire mais en tirer enseignement : l'impasse sur les modalités d'exercice et de contrôle du pouvoir est une terrible erreur historique de Marx, dont la conséquence est que l'idéal communiste a été sali par l'Histoire.
Réhabiliter le communisme : urgence du projet politique
L'alternative est simple : soit changer de nom et ne plus utiliser le terme "communiste", soit réhabiliter cet idéal et clamer haut et fort sa dimension politique, à savoir les modalités d'exercice et de contrôle du pouvoir indispensables à la réalisation de cet idéal.
Au-delà de valeurs telles que la liberté, l'égalité et la fraternité, le communisme, c'est le contrôle démocratique de la production : pour que l'économie reste au service des populations, avec pour objectif de produire ce qui est nécessaire pour satisfaire les besoins des gens (et non pas d'accumuler du capital et d'enrichir les actionnaires).
Ce contrôle démocratique est une dimension fondamentale de notre projet politique. A ce titre, les propositions que prépare actuellement le PC pour un renouveau de la démocratie et la fondation d'une VIème république sont déterminantes. Pour ce que j'en ai entendu dire elles sont assez abouties et très intéressantes, elles font l'objet d'un document de synthèse préparé par Patrice Cohen Seat (dès que j'ai mis la main dessus je vous le signale). J'espère qu'il y est question de démocratie participative, et de ne plus voter pour des personnes qui font ce qu'elles veulent une fois élues, mais plutôt pour des projets qui engagent ceux qui les présentent et les mettent en œuvre sous le contrôle régulier des citoyens.
Finalement, on pourrait changer de nom et s'appeler le PCD : le Parti Communiste Démocratique. Ca serait un signal fort permettant d'alerter l'attention des médias et du public sur cette réhabilitation et cette dimension fondamentale de notre idéal.
Dans le cadre d'un véritable contrôle démocratique de la production, qu'il subsiste un secteur privé dans certains domaines ne me choque pas fondamentalement, ce n'est qu'une modalité possible (dring !). Ca doit être creusé et articulé au sein d'un projet politique plus global et cohérent prenant en compte la réalité du monde d'aujourd'hui. Ce projet politique concret est aujourd'hui indispensable pour convaincre les gens qu'il existe une alternative au libéralisme.
Et c'est justement ce à quoi nous travaillons actuellement au PC. Nous savons qu'il y a urgence mais convaincus que nous sommes de la dimension démocratique de notre idéal (vive le PCD !), nous bâtissons ce projet à travers une concertation large et ouverte, en organisant un millier de forums autour de 16 grands thèmes à travers le pays dans les semaines qui viennent, et un premier rendez-vous de synthèse nationale le 26 novembre.

Salut camarade !
Voilà une initiative qui interpelle...
- Question préalable : un blog communiste n'est-il pas l'exemple le plus moderne de l'oxymore ?.. Un énième avatar des ravages de l'individualisme méthodologique ?
- "Crise d'identité du communisme : Marx s'est-il trompé ?" "[...] l'abolition de la propriété privée des moyens de production est nécessaire et suffisante pour émanciper le prolétariat[...]"
Avant d'aller plus loin, trouve une seule fois dans l'oeuvre complète de Karl Marx l'adjectif "suffisant" accolée à sa position sur l'abolition de la propriété privée dans ce qui serait "le socialisme de l'avenir". Evidemment ce raccourci (AMTHA : inexact et contre-productif) architecture ta réponse toute entière.
En résumé :
- Il est reproché communément (et cela est fondé) à Marx de s'être cantonné à la critique du Kisme et donc de n'avoir fait qu'esquisser ce qui serait une société dépassant les antagonismes de ce mode de production. Il y a loin de la coupe au lèvres si on lui prête ce qu'il n'a pas dit !!!
a) autrement dit, lui faire dire que l'abolition de la propriété privée serait suffisante à l'émancipation des hommes est un raccourci de notre propre paresse à dépasser ce qu'a dit Marx, à envisager (et donc désormais à retenir la leçon de l'expérience soviétique) un autre développement.
b) autrement dit encore, "terrible erreur historique de Marx" est une expression furieusement anachronique ; doublement décourageante car non, ce n'est pas lui qui s'est trompé mais ses continuateurs, et deuxièmement parce qu'elle sous-tend l'idée annihilante de l'homme providentiel - et qui a déçu.
Ceci dit, il convient encore et toujours d'éviter le double écueil :
- réhabiliter Marx et s'y cantonner.
- Jeter Marx
Et en conclusion provisoire, si j'avais à dire ma pensée personnelle (et que j'espère marxienne):
- jamais les conditions du dépassement du Kisme n'ont été à ce point réunies dans l'histoire moderne (et n'oublions jamais que le communisme au XXème s'est installé dans des pays qui en étaient au balbutiement du Kisme)
- Hélas, tout le travail des communistes du XXème siècle pour l'éveil de la conscience de classe est partie à la poubelle avec la chute du bloc de l'est.
- Le communisme du XXI siècle passe par la démocratisation participative permanente. http://www.pcf.fr/?iddoc=397
le chantier est enthousiasmant et il est bien engagé !
A bientôt camarade !
Rédigé par: Jean-Michel | 08 octobre 2005 à 10:04
Très pédagogique et bien rédigé ton blog, c'est intéressant. Continue!
Rédigé par: Elsa | 09 octobre 2005 à 11:44
Il faut être aveugle comme on peut l'être quand on est un militant engagé pour ne pas voir que le PC ne fera rien de plus à l'avenir que ce qu'il a fait jusqu'à présent.
L'avenir est à un humanisme matérialiste et athée.
Rédigé par: Louis BALLESTER | 10 juillet 2007 à 09:13
"PC" et "humanisme matérialiste et athée" ne sont pas franchement incompatibles... ! ;-)
Rédigé par: Mouton Noir | 10 juillet 2007 à 09:30