Lundi 10 octobre, 6h30 du matin. Nous sommes quelque 200 citoyens et militants mobilisés pour empêcher une nouvelle expulsion, Passage de la Brie dans le 19ème. Le relogement des habitants de cet immeuble insalubre est en cours, il ne reste que quelques familles qui seront relogées d'ici décembre. Expulsion par conséquent inepte et totalement absurde, dont le seul objectif est de racoler un peu d'électorat et faire de l'audimat.
Arrivent des élus, du PCF bien sûr, mais aussi de la "majorité municipale". C'est là que ça se gâte : quelques militants proches du mouvement anarchiste, très présents dans les luttes récentes pour le droit au logement, apostrophent les élus en dénonçant les expulsions ayant eu lieu dans leurs communes, ou dans des mairies communistes. Sont notamment rappelées les affaires des roms de Montreuil (mairie PCF) ou plus récemment des familles ayant campé plusieurs mois après leur expulsion à Aubervilliers (mairie PCF).
La réaction générale a été d'appeler (sèchement) à l'unité dans l'action... mais ça ne m'a pas suffi. J'aurais apprécié qu'on leur réponde sur le fond, au moins de façon succincte, même si ce n'était pas forcément le lieu ni le moment d'ouvrir un grand débat ! Je suis donc allé discuter avec plusieurs d'entre eux, pour savoir ce qui s'était passé mais aussi pour leur dire que leur questionnement serait relayé en interne, car il est légitime et nous aurons à y faire face à d'autres occasions.
Je ne sais pas si c'est le lieu, mais on pourrait en parler lors de la prochaine réunion de cellule...
Depuis, j'ai quand même essayé de trouver quelques infos sur ces affaires, et comme toujours c'est un peu compliqué. Néanmoins, j'en tire quelques conclusions :
- Ne soyons pas naïfs : l'étiquette "PCF" n'est pas une garantie absolue de courage et de pertinence politiques maximales et en toutes circonstances pour tous les élus qui la portent.
- Pour autant, ce parti est l'un des rares à prendre une position très claire sur le droit au logement, à revendiquer haut et fort la création d’un grand service public du logement et à avoir signé l'appel à la manifestation du 15 octobre (voir le tract qui comporte des revendications précises).
- Il existe des maires communistes courageux, capables de prendre des positions politiques très fermes sur ce sujet. L'exemple de Claudine CORDILLOT (tiens c'est une femme !), maire PCF de Villejuif, est admirable : elle a pris un arrêté municipal anti-expulsions.
Que dit cet arrêté ? Article 1 « la ville de Villejuif est déclarée zone de protection des locataires en difficulté économique et sociale ». Article 2 « toutes les mesures d'expulsions visant des familles en difficulté pour des raisons économiques ou en raison des effets de l'insécurité sociale sont interdites sur le territoire de la commune de Villejuif, sauf à ce que le droit au relogement soit préalablement garanti ».
Et devinez quoi ! Cet arrêté a été annulé par le Tribunal Administratif de Melun, à la demande du Préfet du Val-de-Marne !! Mais le maire ne s'avoue pas vaincue et continue à se battre (en savoir plus).
Je tire deux enseignements de ce qui se passe à Villejuif :
- Un maire ne peut pas tout. Il travaille dans un cadre législatif, réglementaire et budgétaire contraignant, défini en grande partie au niveau national, par le pouvoir en place.
- Mais un maire peut beaucoup. Il peut par exemple décider d'appliquer la loi SRU et de construire des logements sociaux (ce que font les maires PCF, et que beaucoup de maires, UMP notamment, se refusent à faire...). Il peut aller plus loin et s'engager comme le fait Claudine CORDILLOT, pour corriger mais aussi mettre en évidence les conséquences de la politique menée par la majorité actuelle, et plus généralement du néolibéralisme économique.
Cette action pourrait constituer la base d'une plate-forme de référence mise à la disposition des élus communistes pour orienter leur action dans le domaine du logement. Concrète et opérationnelle, cette plate-forme pourrait également être enrichie par les propositions issues des 1000 forums initiés par le PCF, pour définir un projet politique alternatif au libéralisme économique.
Le projet politique, encore lui !
En effet, pour le logement comme dans d'autres domaines, le projet politique que nous contribuons à formuler n'est pas une utopie théorique conçue "in vitro", mais bien un processus ancré dans la réalité du monde d'aujourd'hui.
A ce propos, pour faire suite à ma note précédente, j'ai mis la main sur les documents de Patrice Cohen-Séat (merci Jean-Michel !), datant de 2001 (je ne sais pas s'il en existe de plus récents), concernant les propositions communistes en matière d'exercice du pouvoir et de rénovation de la démocratie :
- Une introduction, sous la forme d'un rapport au conseil national (11 pages). Je l'ai lue ce matin dans le RER, et je faisais des bonds tout seul dans mon wagon ! C'est en plus complet et en beaucoup mieux la problématique que je soulevais fort modestement dans ma note précédente. Quel plaisir de lire ces lignes et de surligner avec enthousiasme ces paragraphes !
- Les propositions et pistes de réflexions : "Ouvrir un grand débat pour une République démocratique moderne". 38 pages que je m'apprête à lire… on en reparlera !
En attendant, du concret avec les forums. Dans le 20ème il y en a eu un ce mardi 11 octobre (sur le logement, justement), et il y en aura un autre ce mardi 18 octobre (voir le tract). Et il y a toujours la pétition sur l'après 29 mai (voir le tract), que vous pouvez même signer en ligne.
PS : l'expulsion du Passage de la Brie n'a finalement pas eu lieu ! La mobilisation a payé...
