Les émeutes des banlieues et les réactions du gouvernement appellent de nombreux commentaires. Dans ma note précédente, j'abordais essentiellement un aspect : le piège de l'angélisme. L'escalade actuelle et les discussions menées depuis m'incitent à revenir sur ce sujet, mais sous un autre angle.
De 2002 à 2005 : la démocratie en recul.
Elu en 2002 dans les conditions que l'on sait, un vrai homme d'état démocrate aurait dû prendre la responsabilité historique de tirer les conclusions de ce signal d'alarme : réforme du mode de scrutin, modification des institutions, mise en chantier d'une sixième république et pourquoi pas remise en jeu de son mandat dans un cadre institutionnel rénové.
Au lieu de quoi, après un beau discours, Chirac s'est emparé de ce qu'il a considéré comme un chèque en blanc pour mettre en œuvre avec ses gouvernements successifs une politique de plus en plus libérale sur le plan économique et de plus en plus réactionnaire sur le plan social, sans avoir reçu du peuple le mandat de conduire cette politique.
Ce quinquennat est né dans un déni de démocratie.
Il s'est poursuivi par la mise en œuvre d'une politique économique de plus en plus dictée par des choix idéologiques ultra-libéraux, et de plus en plus dure sur le plan social.
Lorsqu'en 2005 le peuple français a eu l'opportunité de s'exprimer à travers le référendum sur l'orientation qu'il souhaitait donner à la construction européenne, il a très clairement rejeté l'option "néolibérale" que le traité proposait. Quelle a été la réaction du gouvernement ? Rien. La signature de la France n'a pas été retirée du traité, et la politique néolibérale continue de plus belle, de plus en plus idéologique (privatisation des autoroutes, recul de l'état, etc.) et toujours plus dure socialement.
Encore une fois, la démocratie a été bafouée.
Et aujourd'hui, quand la frange de la population la plus touchée par cette politique fait exploser sa révolte, en plus des réactions policières on ressort un texte de 1955 qui permet justement une "mise sous tutelle" de la démocratie, dont le degré de liberté est déterminé par le bon vouloir de l'exécutif. Quelle belle occasion ! Ces émeutes sont décidément bien pratiques...
Mémoire algérienne
Heureux hasard, j'ai terminé ces derniers jours la lecture de "Mémoire algérienne" d'Henri Alleg. Ce livre passionnant m'a permis de mieux comprendre la "guerre d'Algérie"... et le contexte dans lequel le texte de 1955 a été voté.
Avec cette loi, une classe politique tout à fait respectable et officiellement pétrie de bonnes intentions a pu avoir "les mains libres" pour mener la répression du mouvement de libération nationale en Algérie, en se donnant les moyens de museler totalement toute velléité de contestation, en Algérie comme en métropole : contrôle de la presse, juridiction d'exception, limitation du droit de réunion et de manifestation, etc. Cela n'a même pas empêché l'indépendance, mais à quel prix !
Le récit des événements d'Algérie nous rappelle qu'il n'est pas besoin d'être un tyran fou et sanguinaire pour agir contre un peuple et le faire souffrir : des hommes politiques "banals" peuvent très bien s'en charger, avec ce qu'il faut d'aveuglement idéologique (colonial hier, néolibéral aujourd'hui) et de recul de la démocratie. L'histoire est pleine d'autres exemples !
La démocratie : une vraie révolution !
Seule solution pour nous protéger de ces dérives : l'instauration d'une république véritablement et profondément démocratique. Il y a deux semaines, quand j'ai terminé la lecture du document "Ouvrir un grand débat pour une république démocratique moderne" qui rassemble les propositions du parti communiste sur le sujet, j'avoue que je trouvais certaines d'entre elles trop "poussées", en particulier pour la déprofessionnalisation et la démocratisation de la vie politique : "un seul mandant par personne, quel que soit sa nature, renouvelable une fois".
Mais finalement, l'actualité brûlante, le flash-back sur l'Algérie, une discussion récente sur les dérives de certains responsables syndicaux installés depuis trop d'années, tout ceci m'a convaincu que l'approche proposée dans ce document est la bonne. Oui, le pouvoir corrompt et il est sage de ne pas le concentrer trop longtemps dans les mains de quelques-uns... Je cite la première partie de ce texte :
"La visée communiste est consubstantielle d'une radicale démocratisation de toute la société et seul le développement concret des pouvoirs de tous peut contribuer utilement à avancer dans le sens de l'émancipation humaine."
Ce document est important, prenez le temps de le lire si vous pouvez. Le résumer est difficile car les textes explicatifs sont souvent nécessaires. Mais je crois l'avoir promis, alors j'essaierai...
Aujourd'hui plus que jamais, la politique ouvre des perspectives de vrai changement : l'histoire ne s'est pas arrêtée et des alternatives réalistes existent. Le projet communiste en est une, solidaire et humaine, chaque jour plus forte, cohérente et complète. Pour le faire connaître et partager dans le 20ème, nous développons le travail sur le terrain : tracts, affichage, porte à porte, relance d'un journal gratuit, forums et débats ouverts à tous ceux qui le souhaitent. Idées, réactions et suggestions sont les bienvenues !

Commentaires