Les délocalisations et les licenciements massifs qu'elles entraînent constituent aujourd'hui une préoccupation majeure pour des millions de Français. 48% d'entre nous craignent de sombrer dans la pauvreté. Face à cette angoisse qui ronge le quotidien, le débat politique autour des solutions à apporter est incroyablement absent de la campagne.
Les médias nous gavent de sondages à en vomir, mettent en scène la guéguerre des petites phrases et le feuilleton des allégeances, les télés organisent des shows débiles avec des "vrais gens" pendant lesquels on parle de tout et surtout de rien, sans jamais rentrer vraiment dans un sujet. Et surtout pas dans celui de l'économie et de la mondialisation : l'omerta a le soutien de tous. L'UMP reconnaît en "off" que si la campagne portait sur la question du libéralisme ils la perdraient, quant au PS il n'est pas mécontent de ne pas avoir à aborder un sujet sur lequel il n'a pas grand-chose à dire.
Tout est donc en place pour un nouveau 21 avril : une classe politico-médiatique totalement déconnectée des angoisses quotidiennes de la population, un Le Pen en embuscade et une gauche antilibérale divisée et frileuse.
A un mois du premier tour il est encore temps de bouleverser la donne en mettant tout le paquet sur ce sujet essentiel : les délocalisations.
Pour contribuer à ouvrir ce débat démocratique et provoquer cet électrochoc, voici un petit tour d'horizon des solutions proposées par les principaux candidats, en finissant par la gauche populaire et antilibérale dont les solutions méritent d'être mises en avant de façon beaucoup plus volontariste qu'elle ne le fait aujourd'hui.
Sarkozy : transformer la France en pays sous-développé
"Je veux" ceci, "je veux" cela… Dès qu'il prend la parole, on se demande ce qu'il va bien vouloir aujourd'hui… En fait, pour le sujet qui nous intéresse, il veut surtout ne rien faire et jouer le bon petit soldat du capitalisme financier international. Ce que l'UMP nous présente comme des réformes "nécessaires et modernes" est en réalité une absence totale de courage et d'innovation politique, et la conviction que l'on ne peut rien faire pour contrer le phénomène des délocalisations. Il n'y aurait aucune autre issue que la mise en concurrence directe des travailleurs français avec ceux de la Chine, de l'Inde et de tous les pays en voie de développement.
- Pour les travailleurs, c'est le nivellement par le bas et le retour au XIXème siècle : baisse du salaire horaire, destruction de la protection sociale, allongement de la journée de travail, dégradation des conditions de travail, recul du départ en retraite, etc.
- Pour le pays, c'est la destruction progressive des grandes infrastructures publiques (désengagement programmé de l'Etat), la détérioration de la santé de la population (système de santé privatisé à deux vitesses) et la dégradation du "capital humain" (nivellement par le bas de la formation, de l'enseignement, de la recherche et du savoir-faire).
En clair, le programme de l'UMP entraînera la destruction de tout ce qui a fait de la France un grand pays. Au lieu de valoriser ces avantages compétitifs à travers une politique de développement réellement audacieuse et volontariste, on les démolit pour nous transformer en pays sous-développé. Ah elles sont belles les "réformes nécessaires" !
Bayrou : pareil, mais la faute à l'Europe
Que l'on ne s'y trompe pas : au-delà des effets de manche et des postures médiatiques, le programme de Bayrou est du même acabit que celui de l'UMP. Ses conséquences seront les mêmes pour le peuple français.
Pour la lutte contre les délocalisations, une variante néanmoins : Bayrou décrète que ce problème ne peut être traité qu'au niveau européen, et affirme qu'il fera tout son possible pour que ça se fasse (quoi ? comment ?)… Question : que va faire l'Europe sur ce sujet ? Rien, vous avez raison. Mais ça ne sera pas de la faute à Bayrou !
Ca rappelle furieusement une déclaration de Sarkozy il y a quelque temps, qui se félicitait des institutions européennes actuelles car elles permettaient de faire passer en douceur des "réformes" qu'aucun gouvernement n'aurait pu tenter dans son pays sans mettre son peuple dans la rue… Bayrou a bien appris la leçon.
Royal : les promesses n'engagent que ceux qui y croient
Dans le programme de Ségolène, rien de bien précis concernant les délocalisations. Beaucoup de bonnes intentions et de promesses à caractère "social", come le PS a toujours su le faire avec brio en période électorale. Mais une fois au pouvoir : pschiitt ! Retour au "réalisme"…
Ainsi, personne n'a autant privatisé que Jospin au cours de ces 20 dernières années. Et c'est le PS qui va réhabiliter le service public ?
Autre exemple cruel : Royal nous promet l'instauration de la Taxe Tobin (sans la nommer). Elle ne manque pas d'air : quand le PS avait la majorité au parlement, il s'est bien gardé de voter cette taxe, alors que le débat était pourtant à l'ordre du jour, notamment porté par ATTAC.
Le programme de Royal ne comporte aucune mesure précise ou courageuse de nature à vraiment lutter contre les délocalisations. Quant aux belles promesses, on sait que la plupart resteront lettre morte.
Buffet : une députée qui fait son boulot !
A l'Assemblée Nationale, le seul groupe parlementaire qui ait travaillé sur la question des délocalisations ces dernières années est le Groupe des Députés Communistes et Républicains.
Ce travail de fond s'est concrétisé par plusieurs projets de lois. Le dernier en date (janvier 2007) est particulièrement abouti. Ces députés auraient bien voulu que leurs propositions soient discutées, débattues, contredites : les autres n'ont même pas voulu mettre ce projet en débat !
Lorsque vous voterez lors des législatives en juin prochain, souvenez-vous que les seuls députés qui ont voulu ouvrir le débat des solutions politiques au problèmes des délocalisations sont les députés communistes et républicains. Ces députés travaillent pour vous, cherchent des solutions, font des propositions pour résoudre les problèmes qui vous préoccupent.
Marie-George Buffet fait partie de ce groupe parlementaire, elle est l'une des deux rapporteuses ayant présenté ce dernier projet de loi (voir le texte de son intervention).
La proposition : un protectionnisme à la fois défensif et offensif
La proposition de loi comporte des dispositions pour empêcher les licenciements boursiers (dans le même esprit que ce que l'on trouve déjà dans les 125 propositions des collectifs antilibéraux, mais en plus abouti). Mais c'est précisément sur la lutte contre les délocalisations qu'elle constitue une innovation majeure et verse au débat une contribution déterminante.
Oui il faut oser dire ce mot : protectionnisme. Ce n'est pas un tabou, et il faut bien appeler les choses par leur nom ! Mais il ne s'agit pas d'un repli sur soi frileux et mortifère. Au contraire, le dispositif proposé est à la fois simple et très élaboré, défensif et offensif :
- Défensif : tout produit ou service importé sera taxé selon un barème défini en fonction des écarts de salaires et de protection sociale entre les pays importateurs et exportateurs. Ce taux sera calculé par pays et secteur d'activité, en fonction de différents paramètres, et actualisé régulièrement. Il annulera l'intérêt que pourraient représenter le dumping social et les délocalisations. Les recettes dégagées par cette taxe seront allouées pour partie sur le territoire national aux organismes qui financent les conséquences des délocalisations (sécurité sociale, assurance chômage).
- Offensif : l'autre partie des recettes dégagées par cette taxe sera directement affectée à l'aide au développement des pays à faible coût du travail afin d'accélérer le processus d'augmentation de niveau de vie et de protection sociale des salariés. Enfin, la France interviendra au niveau européen et dans le cadre des différents organismes internationaux pour généraliser ce prélèvement différentiel.
Nous vous invitons à consulter le texte de la "proposition de loi n° 3559 tendant à lutter contre les délocalisations et à favoriser l'emploi", enregistrée à la Présidence de l'Assemblée Nationale le 11 janvier 2007.
Oui c'est possible, non ce n'est pas de l'utopie !
L'utopie, c'est de croire que l'on peut ne rien faire sans aller à la catastrophe pour des millions de gens (merci le PS et l'UMP), ou qu'il suffirait d'interdire les licenciements (merci Besancenot, totalement ridicule) ou de donner le pouvoir aux salariés de s'opposer aux délocalisations (merci les collectifs antilibéraux, mais les 125 propositions sont très insuffisantes sur ce sujet !).
Vous n'imaginez pas la complexité des réglementations européennes et internationales actuellement mises en œuvre par des armées de technocrates pour faire fonctionner l'économie internationale. Cette proposition n'est pas plus compliquée à mettre en œuvre que ce qui existe déjà, elle représente juste une autre orientation politique.
Ouvrons ce débat de toute urgence, avant le premier tour !
Alors qu'elle ne fait l'objet que d'une seule phrase noyée dans un encadré page 35 de son programme, la gauche populaire et antilibérale doit porter avec fierté cette proposition et tout faire pour que s'ouvre le débat autour de cet enjeu qui représente aujourd'hui une préoccupation majeure pour les Français.
Nous sommes aujourd'hui la seule force politique capable de verser au débat des propositions nouvelles pour répondre au problème des délocalisations, il faut que ça se sache !