Dans les mois qui viennent, il n'est pas de plus grand danger pour le PC que de se satisfaire des résultats des législatives, en croyant qu'après avoir touché le fond, on remonte enfin.
Non, le fond, on y est bien collés.
La seule conclusion que l'on puisse tirer de ce résultat, c'est que les Français nous laissent une (petite) chance de ne pas liquider définitivement le capital de sympathie et de respect qu'ont les communistes, comme nous l'ont prouvé les réactions sur le terrain tout au long de la campagne.
Mais sur le plan politique, le PC me semble plongé dans un coma profond. A force de fourrer son idéal au fond de sa poche, n'a-t-il pas fini par l'oublier ? Deux exemples suffisent pour s'en convaincre :
- Si Mélanchon (PRS, aile gauche du PS) avait été candidat à la présidentielle, il aurait pu faire exactement la même campagne que Marie-George Buffet... cette campagne était-elle communiste ? Sommes-nous là pour dire la même chose que le PS un peu plus fort, ou avons-nous une parole radicalement différente ?
- En rédigeant son communiqué en réaction à l'affaire Guy Môquet, la direction du PC a réussi la prouesse de ne pas utiliser une seule fois le mot "communiste"... Quand on sait qui était Guy Môquet et pour quoi il est mort, c'est tout simplement ahurissant...
Alors si l'on veut que notre prochain congrès ne soit pas le dernier, il va nous falloir réaffirmer qui nous sommes et la singularité de notre pensée. En particulier dans les domaines où cette singularité peut être la plus marquée. J'en distingue au moins six :
- Appropriation sociale des moyens de production, dé-financiarisation de l'économie, encadrement de l'économie de marché.
- Elargissement, rénovation et renationalisation des services publics.
- Education à l'esprit critique, à la non-violence et à la fraternité.
- Politique internationale, rapprochement avec nos camarades d'Amérique du Sud.
- Nouvelle mondialisation économique et lutte contre les délocalisations.
- Développement durable tant économique que humain (et donc environnement, énergie, alimentation et santé publique).
Pour porter cette parole, il faudra renouveler en profondeur nos pratiques de communication pour tenir compte du verrouillage des médias de masse.
Un mot enfin sur la forme politique. Ceux qui professent la fin de la forme parti n'ont pas peur du ridicule : il suffit de comparer les résultats de Nicolas Sarkozy et de José Bové pour constater l'inanité de cette affirmation...
Reste à adopter une ligne claire dans nos relations avec les autres structures et partis de gauche et d'extrême gauche. Là il va falloir innover un peu, le débat commence...
Décidément ce congrès s'annonce aussi dense que passionnant !
PS : Je suis bien content que les résultats définitifs placent finalement le FN juste devant nous à quelques voix près : les tenants de l'immobilisme ne pourront même pas nous expliquer que tout va tellement bien que nous sommes repassés devant le FN, comme certains commençaient à le faire après les premières estimations de dimanche soir.

Comme d'habitude, le fond et la forme de ce blog sont excellents !
J'approuve totalement ta vision de la campagne mené au niveau national par le parti communiste. Je pense qu'il nous faut analyser la situation du PCF au regard des deux élections récentes :
* Au niveau national, le PCF ne sait plus susciter l'adhésion de la population à son projet. Je rejoins ton analyse à ce sujet.
* Au niveau local, la gestion municipale de nos villes, l'engagement dans nos députés est reconnu et le plus souvent approuvé pour ne pas dire dans certaines villes, plébiscité.
Lorsqu'elles sont mises en oeuvre, les valeurs qui fondent notre engagement communiste sont reconnues, approuvées et portent des élus à l'assemblée nationale.
Lorsqu'il s'agit de les proclammer nationalement, elles ne sont pas entendues et ne suscitent pas l'adhésion. Sans doute parceque nous n'osons plus tout à fait les proclammer.
Alors oui, il faut qu'au prochain congrès, le PCF retrouve ses valeurs et les proclamment, valeurs qu'ils partagent, soit dit en passant, avec notamment la LCR.
Le destin du PCF n'est certainement pas d'être l'aîle gauche d'un PS pour contrebalancer une aîle droite qui lorgne ver Bayrou. Le destin du PCF est de s'affirmer comme un parti capitaliste, avec un projet de transformation social. Est-il de s'allier avec la Ligue Communiste Révolutionaire ? Il est sans doute trop tôt pour le dire, mais il serait dommage d'évacuer la question sans le moindre débat.
Rédigé par: Pingouin094 | 18 juin 2007 à 22:23