Trublion orthodoxe du PCF, André Gerin a donc lui aussi rédigé sa contribution aux débats qui nous agitent. Essayons d'oublier le côté sulfureux du personnage pour nous concentrer sur ce texte...
1. Le communisme a de l'avenir !
Ah ben ça fait quand même du bien de lire ça... plusieurs paragraphes seraient à encadrer ! Enfin quelqu'un au PCF qui est convaincu que le communisme a de l'avenir, ou plutôt peut en avoir un si le sens de ce projet et son contenu sont redéfinis au regard des défis du 21ème siècle. Il reste donc des gens convaincus qu'une véritable alternative au capitalisme peut être pensée, et qu'en changeant profondément les règles du jeu cette alternative ne peut avoir qu'une portée... révolutionnaire. Un mot que l'on ne trouve plus que trop rarement dans les textes publiés par les instances nationales du PCF... (mais qui vient de resurgir dans les quelques pages du compte-rendu de la première réunion du collectif d'animation du congrès extraordinaire : l'espoir renaît ?!)
2. Mais pas seul...
André Gerin évoque le rassemblement, en précisant qu'un rassemblement ne peut se faire qu'autour de quelque chose. On ne peut qu'abonder dans ce sens : avant de se rassembler, il faut d'abord se connaître et savoir ce que l'on propose à ses partenaires, et sur quelles bases. Sa conception du rassemblement est finalement... de ne pas trop s'en préoccuper pour l'instant, mais de se concentrer avant tout sur la redéfinition et l'actualisation de notre projet politique. C'est en effet l'urgence et la première priorité pour notre congrès extraordinaire.
Mais il écrit aussi : "Toute tentative de recomposition politique, quelle qu’en soit l’éventuelle générosité, ne peut qu’aboutir à une impasse et à l’abandon du combat révolutionnaire." Et là il va peut-être un peu vite, car cette recomposition va se faire. Elle est devenue inéluctable avec le glissement à droite du PS : trop de forces sont aujourd'hui "en errance", de la gauche du PS à l'extrême gauche en passant par tous les alters, et veulent cette recomposition pour se retrouver "quelque part". L'ignorer et ne pas se poser tout de suite la question de notre place dans cette recomposition, y compris de la place d'un parti franchement communiste, c'est prendre le risque de nous marginaliser ou d'être incompris d'une grande partie de notre électorat potentiel.
3. Chassez le naturel...
Mais André Gerin ne peut s'empêcher de faire du Gerin. Et d'attaquer frontalement la direction en place en dénonçant la "béance" supposée entre la direction et les militants, et carrément le "mépris" de cette direction pour les militants... Mais ne peut-on déplorer l'oubli des références communistes par (une partie de) la direction, et proposer d'en changer, sans pour autant lui faire un mauvais procès... stalinien ?
Cette direction a été élue, et considérer qu'elle est illégitime si elle ne nous plaît pas serait justement mépriser les militants... Nous allons avoir un (ou deux) congrès, c'est l'occasion de redéfinir une ligne politique et d'élire une direction en phase avec cette ligne pour l'appliquer. On peut s'abstenir de vomir sur la direction actuelle avant d'en changer. Mais le personnage n'en est pas à ses premiers dérapages. Si ses contributions peuvent être enrichissantes (ou rafraîchissantes) sur le plan politique, les dérapages réguliers d'André Gerin le disqualifient d'emblée pour incarner l'avenir du PCF au niveau national.

tu as raison de séparer les idées de la personne (on a tellement tendance à ne pas vouloir entendre ce que dit un tel ou un tel au nom de telle ou telle prise de position..) sans compter la faculté assez sidérante de certains à renvoyer l'insulte de "stalinien "dès que les propos (ou la personne) leur déplait...
quant à la béance supposée entre direction et militant c'est en fait un point de vue qui néglige effectivement la constitution des consensus (même passif) à l'intérieur du parti... Si les militants était consciemment sur les idées de Gérin il serait secrétaire général (même si on peut dénoncer les processus de cosntitution des directions qui, de manière mécanique, favorise, quelque sois les orientations , la direction en place..mais ça il faudrait être naif pour ne pas connaitre ces mécanismes...). néanmoins je pense que les idées de Gérins sont pas si minoritaire que ça dans le parti...
sinon un eréflexion que je tire d'une interview d'une intellectuelle communiste italienne (Rossnan Rossanda) et que j'ai traduite sur mon blog :
"L'ancienne idée que chaque grand parti représente un bassin social et électoral stabilisé qui, s’il est laissé sans référence, attend seulement d'être rempli par d'autres qui en reflètent la culture et les besoins, cette idée est fausse. (...)
"La crise d'un grand parti n'est jamais seulement la crise de son groupe dirigeant, elle révèle même beaucoup plus : une incertitude diffuse de ce qu’on est, alimentée de la réticence à se regarder en face. La crise d'un parti change les espoirs et réoriente les besoins. En somme, on perd beaucoup de gens en route. Sans compter que le "grand parti" est rassurant en lui-même, et il n'est pas dit que les autres partis, qui se présentent comme plus "fidèles aux origines", réussissent à attirer ses ex adhérents. C’est là une erreur que nous avons fait tous(..)" (voir le texte complet là : http://caiusgracchus.blogspot.com/2007/07/sinistra-ii.html
Rédigé par: Caius | 07 juillet 2007 à 10:54
Ceux qui rêvent de recomposition "à venir" sont sans doute nombreux. Mais de quelle recomposition et pour faire quoi ? Pour faire une "cosa" du genre de celle qui a détruit le PCI pour en faire un très institutionnel parti démocrate "de gauche" ?
Que certains ne se reconnaissent pas dans le mot communiste, et même recherchent avec force comment se positionner en rupture avec l'histoire communiste, c'est un fait. Que des militants alternatifs, verts, trotskystes, qui peuvent se retrouver dans des luttes avec des communistes, soient intéressés au fait de "recomposer" une nouvelle force en accompagnant la fin du PC tout en récupérant une partie de ses forces ( mais bien sûr pas les "staliniens"), c'est aussi évident et on l'a bien vu avec les collectifs.
Donc GERIN a bien raison de secouer une direction du PCF qui se fait élire au nom d'un "nouveau communisme" depuis 20 ans, et refuse de se battre pour le parti communiste, cherchant une issue un coup dans les négociations avec le PS, un coup dans la dissolution du PC dans les collectifs, ne se battant que pour "réinventer la gauche".
Cette direction après les présidentielles annonce un congrès, on sent déja que la question du "dépassement" du PCF est mure pour certains, et patatras, elle se retrouve bien embêtée d'avoir "presque" un groupe, et repousse toute décision de congrès tout en cherchant à imposer malgré tout la fin du groupe communiste... Cette pratique de déconstruction communiste vient de loin, des régionales avec le PS aux listes "paritaires" de bouge l'europe...
Oui, un parti communiste a de l'avenir en France et heureusement que quelques députés et dirigeants font échos aux attentes de milliers de militants qui continuent à "faire" le parti communiste et aux milliers d'autres qui l'ont quitté ou s'en sont fait virer.. mais continuent à espérer d'un parti réellement communiste..
la question essentielle à la quelle tente de répondre Gerin à sa manière est celle des rapports de forces, de l'ancrage dans le monde du travail et les quartiers populaires, loin des BCBG parisiens et des collectifs de spécialistes. Et celà oblige à repenser la question très léniniste du pouvoir, non pas dans l'idéalisme participatif et les théories de l'émergence spontanéiste, mais dans la reconnaissance de la réalité de classe des pouvoirs, de la violence réelle et potentielle de la bourgeoisie, et donc de la nécessité de l'organisation de la résistance... des mots qui ne sont pas "modes", qui peuvent choquer des militants "alter", mais qui sont indispensables pour ne pas se mentir.
pam
Rédigé par: pam | 09 juillet 2007 à 07:58
Bonjour,
"Que certains ne se reconnaissent pas dans le mot communiste, et même recherchent avec force comment se positionner en rupture avec l'histoire communiste, c'est un fait."
Là le problème est mal posé, car il ne suffit plus de répéter que nous sommes pour l'avènement d'une société communiste?
La société communiste est un idéal complètement dynamité par ce qui est présenté par les idéologues bourgeois, enseignés au jeunes, agravé par ce que nous avons défendu trop longtemps comme le socialisme réelle.
Ce qui me parait important, c'est ce que nous mettons dedans et sa correspondance avec le réelle d'aujourd'hui.
"Que des militants alternatifs, verts, trotskystes, qui peuvent se retrouver dans des luttes avec des communistes, soient intéressés au fait de "recomposer" une nouvelle force en accompagnant la fin du PC tout en récupérant une partie de ses forces ( mais bien sûr pas les "staliniens"), c'est aussi évident et on l'a bien vu avec les collectifs."
Que tous ces courrants soit sectaires et anti-PCf est une évidence. Mais la situation dans laquelle ils sont n'est pas si différente de la notre: Ils ont un projet politique que la société ne reconnait plus.
Le but des collectifs était bien que ces courrants fassent un bout de chemin ensemble.
Nous avons certainement sous estimé l'importance des tactiques divergeantes. Mais nous avons été incapable de jouer le rôle de la colonne vertébrale, le role moteur. Ainsi c'est le sectarisme,l'anti-communisme (PC) l'anti-partisme qui a pris le dessus.
Une des raisons de notre échec est que certains courants du Parti ont tenté de jouer leur carte perso, notamment en faisant alliance avec les courants anti-parti, laisant entendre que le parti était divisé.
C'est aussi comme cela que les anti-communistes primaires ont tenté de s'engoufrer.
Rappelez-vous, quand la presse titrait en décembre 2006 que le PCF allait éclater...!
Rappelez-vous des interviuws de certains alter, Bovéiste, ....!
Rédigé par: JA67 | 09 août 2007 à 17:59