Parti pris : répondre de la façon la plus dense et la plus spontanée possible. Surtout ne pas se relire. Tant pis si ça part un peu dans tous les sens, au moins ça lancera le débat. C'est le but, non ? C'est parti...
1. Dans quelle société vivons-nous ? Que faut-il y changer ?
A. Le capitalisme aujourd’hui
Comment qualifier le capitalisme aujourd’hui ? A-t-il changé et en quoi ? Quelles sont les nouvelles formes d’exploitation, d’aliénation et de domination ?
La concentration du capital s'est accélérée, notamment à travers les frontières, pour constituer de grands groupes transnationaux. Le capitalisme s'est également financiarisé. Ces deux phénomènes se conjuguent avec pour conséquence une distanciation entre les classes : le salarié ne voit plus ses vrais patrons, ceux qui possèdent tout en haut le capital et accumulent les profits sur son salaire. Les antagonismes de classes se sont ainsi dépersonnifiés, "virtualisés", et les salariés en viennent à penser qu'ils subissent un système et non pas les décisions de véritables humains en chair et en os qui existent pourtant (on les voit à Davos...).
Le combat pour le dépassement du capitalisme est-il nécessaire ? Est-il possible ? Est-il suffisant ?
Non, non, c'est super chouette le capitalisme, faudrait surtout pas chercher à voir au-delà... Blague à part, moi je ne sais pas ce que c'est que le "dépassement du capitalisme". En attendant qu'on m'explique, je suis pour le "communisme".
Le Parti Communiste Français a-t-il suffisamment pensé l’impact des questions écologiques et internationales, la révolution informationnelle, les découvertes scientifiques et techniques ?
Non. Non. Non. Non... non ?
Ces enjeux sont-ils porteurs d’une obligation à renouveler son analyse théorique et pratique du monde ?
Très certainement. On a du boulot.
B. Une société en mouvement
La classe ouvrière a-t-elle disparu, sa structuration s’est-elle modifiée ? Comment la définir aujourd’hui ?
Ce qui n'a pas disparu, c'est le salariat. Et c'est bien lui que Marx pointait du doigt comme mécanisme de base d'extraction et d'accaparement de la plus-value par le capital. Aux 18ème et 19ème siècles le salariat était surtout ouvrier, aujourd'hui il est (chez nous) surtout dans le tertiaire. Mais les agents des centres d'appel, les caissières de Monoprix, les techniciens et les informaticiens d'IBM ou de Peugeot... sont les prolétaires d'aujourd'hui : ils vivent en vendant leur force de travail à des capitalistes qui en extraient le maximum de plus-value.
Les aspirations profondes de notre peuple ont-elles changé ? Comment peut-on les caractériser ?
On veut toujours tous la même chose : le bonheur pour nous et nos enfants !
La société française a-t-elle « glissé à droite » ? Les Français partagent-ils majoritairement les idées de la droite, ou n’y sont-ils pas perméables devant la faiblesse de celles de la gauche ?
Bien sûr. La gauche et le parti communiste sont tellement absents du débat idéologique et politique que les gens en viennent à penser que ce fameux bonheur ne s'obtient qu'en jalousant ou en écrasant son voisin.
C. Quelles luttes pour une autre société ?
Quels sont les espaces de résistances à la mondialisation capitaliste ?
Bien faibles aujourd'hui, par absence de perspectives idéologiques. Balbutiant du côté des alters et des écolos, qui semblent néanmoins errer dans le noir sans boussole...
Le Parti Communiste Français n’a-t-il pas négligé des formes émergentes de lutte, de résistance et de dépassement du capitalisme ?
Si. Résistance et désobéissance civiles. Contre-offensive idéologique (par exemple comme ça). Auto-organisation à la base. Développement du secteur coopératif. Repersonnification des antagonismes de classe. Explication concrète du communisme. Agit-prop...
Comment convaincre que la mondialisation du capitalisme n’est pas une contrainte insurmontable ? Comment redonner du crédit aux idées de progrès social, de changement et de partage dans le monde d’aujourd’hui ?
En explicitant le projet politique des communistes pour le 21ème siècle, basé sur la réappropriation sociale des moyens de production et la démocratie. En ayant le courage d'affirmer qu'il faut oser provoquer une crise institutionnelle européenne et mondiale pour casser les logiques en œuvre au sein de l'Union européenne et des institutions financières internationales (OMC, FMI, Banque Mondiale). En montrant que les délocalisations ne sont pas une fatalité, et en parlant avec intelligence du protectionnisme.
Comment travailler à reconstituer une solidarité entre salariés dans un monde où le travail est aussi éclaté ? Comment convaincre que les salariés, les chômeurs, les précaires, les retraités, etc... ont les mêmes intérêts politiques ?
En explicitant le fonctionnement, les logiques et les intérêts du système capitaliste et de ceux qui en profitent. En montrant que l'on peut faire autrement, qu'il existe une alternative, pour redonner l'espoir. Car c'est surtout l'absence d'alternative qui tue l'espoir et provoque la résignation. En reconstituant aussi les solidarités au niveau international.
2. Sur notre projet
A. Le communisme en question ?
Quel sens donner aujourd’hui au mot de communisme ?
Le communisme, c'est l'appropriation sociale des moyens de production. Les moyens de production, ce sont le capital, les machines, le savoir-faire, les brevets, les ressources naturelles... tout ce qui permet de produire. L'appropriation sociale, c'est gérer en commun ces ressources, décider ensemble de leur usage et en conserver les fruits. C'est aux citoyens de décider des biens et services dont ils ont besoin, et à eux d'organiser "en commun" la façon dont ils doivent être produits.
Quelle est l’image de ce mot dans l’opinion ?
En partie mauvaise pour plusieurs raisons : d'abord parce que ça arrange bien les médias dominants à la solde du capitalisme, ensuite parce que seules les expériences historiques totalitaires des pays de l'est lui sont associées, enfin (et surtout) parce que personne ne se préoccupe de donner à ce mot le sens et l'image qu'il mérite (et notamment pas le Parti Communiste... un comble !). Mais il possède aussi un puissant capital de sympathie sur lequel il faut rebondir et à partir duquel il faut construire. Les gens sentent confusément que c'est du côté du communisme que l'espoir peut revenir. Ils savent également que les communistes sont sincères et que leur engagement peut être total, comme ils l'ont prouvé dans la Résistance.
Faut-il continuer à s’y référer ?
Le communisme, ce n'est pas un simple mot, c'est un projet politique, une façon de penser le monde. Si l'on change le mot sans changer le projet politique, les capitalistes se chargeront bien de rappeler qui nous sommes... alors à quoi bon changer de nom ? Sauf à vouloir changer de projet politique et abandonner l'idée d'abattre le capitalisme. Mais ceux que ça intéresse peuvent aller ailleurs, personne ne les oblige à rester au Parti Communiste !
Le PCF est-il encore marxiste ? Est-il seulement marxiste ?
Le communisme est toujours marxiste (!)... il vaudrait mieux que le PCF le soit aussi ! Etre marxiste, c'est d'abord être convaincu que les antagonismes de classe sont une réalité. Que le travail du salarié génère une plus-value qui vient enrichir le capitaliste, et que leurs intérêts sont fondamentalement divergents. Mais c'est aussi savoir analyser les expériences historiques pour actualiser cette pensée qui n'est pas gravée dans le marbre.
B. Quelle identité pour quel projet et quelle politique ?
Quelles sont les valeurs essentielles défendues par le PCF ?
Je n'aime pas les "valeurs"... Liberté ? Egalité ? Fraternité ?
Le projet communiste ne se définit-il pas principalement en « creux », n’est-il pas d’abord « anti » avant d’être « pour » ?
Effectivement, le Parti Communiste a aujourd'hui un discours surtout "anti" et pas assez "pour". Il n'est pas audible sur le communisme... qui lui se définit bien si l'on veut s'en donner la peine !
Quel projet politique pour une organisation comme le PCF ?
Ben... le communisme. L'appropriation sociale des moyens de production, etc... (voir réponses précédentes). Bon d'accord, il faudra expliciter un peu plus. On y travaille, c'est promis !
Comment mieux agir et intervenir à l’échelle de la France, de l’Europe et du monde ? Comment mieux démontrer que les moyens d’une autre politique existent et parvenir à rendre crédible un projet de transformation sociale ?
En ayant le courage de montrer qu'il ne s'agit justement pas de transformation sociale, mais bien de révolution : si l'on pense que le système capitaliste est améliorable, amendable ou transformable, on va au PS ou chez PRS. Si l'on est convaincu qu'une autre politique existe, qu'un autre monde est possible, alors on a envie de l'expliquer et en plus on est crédible. On est communiste.
Comment casser cette image d’un parti qui ne s’adresserait pas à l’ensemble des hommes et femmes, mais seulement aux hommes et femmes les plus en difficulté ?
En s'adressant à tous avec un projet global pour la société, et non pas en jouant les dames patronnesses en se contentant de quémander pour les plus défavorisés sans remettre fondamentalement en cause le capitalisme.
Quelles batailles d’idées faut-il mener et comment être mieux compris et entendu ?
Lancer la contre-offensive idéologique. Casser la logique de division entre travailleurs et assistés. Revendiquer notre projet politique. Démonter, démontrer et mettre en lumière les mécanismes du capitalisme et ceux qui le pilotent. Lancer une campagne d'explication du communisme. Faire de l'agit-prop, de la provoc et du décalé pour enfoncer le coin dans le mur des médias en les prenant à leur jeu de la course à l'audience et à l'exclu.
3. Sur notre organisation.
A. De quelle organisation politique avons-nous besoin ?
Quelles sont l’implantation et l’influence réelle du PCF, notamment dans les quartiers populaires, dans le monde du travail, dans la ruralité, auprès des intellectuels, etc.. ?
?
Peut-on concevoir, à partir du potentiel communiste, militant, historique et intellectuel, son propre dépassement pour poursuivre un projet politique d’émancipation humaine, de visée communiste ?
Revoilà le dépassement. Je comprends toujours pas. C'est grave ?
Comment concevoir son rôle d’organisation politique ? Doit-il changer de nom, de mode d’organisation ?
Il ne faut pas changer de nom mais lui donner une autre signification. S'inspirer du zapatisme pour le mode d'organisation : commander en obéissant.
La forme « parti » est-elle à revisiter ?
Nos pratiques, oui, probablement (voir les questions suivantes). Mais nous avons besoin de la forme parti, qui reste aujourd'hui la plus efficace.
Faut-il aller vers la création d’un nouveau parti ?
Encore ? Mais c'est une manie ! Mais allez-y, ouste ! Et laissez le Parti Communiste aux communistes !
B. Quel fonctionnement et quel militantisme ?
Que signifie être un-e élu-e, un-e dirigeant-e communiste ?
Dans la réalité ou dans nos rêves ? Disons que l'on aimerait qu'ils soient les témoins du communisme, qu'ils suscitent et appuient les luttes, qu'il attribuent les appels d'offres de leurs collectivités exclusivement à des structures publiques ou coopératives, qu'ils impliquent les citoyens dans la gestion de leurs collectivités.
Jouent-elles-ils leur rôle ?
Ben ce sont des humains... alors il y a autant de réponses que d'élus. Mais le parti joue-t-il son rôle auprès d'eux ? Comment sont-ils formés, appuyés, soutenus, encadrés ?
Que veut dire militer aujourd’hui ?
Mener une lutte idéologique en mettant en avant le communisme et en démontant le capitalisme. Mais c'est aussi soutenir et/ou susciter les luttes sur le terrain. Enfin, c'est contribuer à faire vivre le communisme dès maintenant dans la sphère économique (comme le préconisait Marx), sans attendre l'anéantissement du capitalisme, par exemple en s'investissant dans le développement du secteur coopératif pour commencer à vider le capitalisme de sa substance.
Comment faire vivre la diversité des idées au sein d’une organisation politique tout en assurant le respect des choix majoritaires ?
Justement en assurant le respect des choix majoritaires... Car si les minoritaires participent au débat mais après font ce qu'ils veulent, ça ne sert à rien de voter pour formuler un choix majoritaire. Donc ça ne sert à rien de débattre pour préparer ce vote et essayer de convaincre les autres. Donc ça ne sert à rien d'exprimer des idées différentes pour les confronter. Et chacun s'enferme dans sa petite chapelle et ourdit ses petits complots pour prendre le pouvoir par des luttes d'influence et de couloir, ce pouvoir se réduisant à l'accès aux moyens d'un appareil. Et on fait semblant d'avoir un débat autour d'un seul texte le plus consensuel et informe possible afin que chaque chapelle y retrouve un petit quelque chose.
Comment être plus attractifs auprès des jeunes ?
Avant tout en portant un projet politique fort pour leur redonner espoir. En ne les prenant pas pour des neuneus mais pour des citoyens dotés d'un cerveau et capables de comprendre le monde qui les entoure. Mais aussi en leur proposant des méthodes d'action et de militantisme originales. Pourquoi ne pas leur proposer de taguer en rouge "attention danger – ne pas monter – matériel non maintenu par le capitalisme dans l'attente d'une privatisation" sur tous les wagons obsolètes et mal entretenus des trains de banlieue ?
Comment mieux s’épanouir dans son engagement et rendre plus efficace le militantisme ?
A partir du moment où engagement et militantisme s'inscrivent dans la perspective d'un projet clair et affirmé, cette question se pose déjà beaucoup moins... Mais il faut aussi dans chaque domaine réfléchir aux possibilités qui existent de commencer à bâtir tout de suite du communisme, concrètement, dans les quartiers et les entreprises. Car nous ne croyons pas au grand soir et sommes au contraire convaincus, comme Marx, que la révolution est un processus qui commence demain matin.
4. Sur le rassemblement et les alliances.
A quoi correspond aujourd’hui la gauche ? Quelle devrait-être la place du PCF au sein de la gauche ?
La gauche, c'est avec la droite l'une des deux façons de gérer le capitalisme. Le PCF n'est pas soluble dans la gauche, car il n'est pas capitaliste, il est communiste (lire cette note). Pour certaines échéances électorales, il peut parfois passer une alliance tactique et momentanée avec la gauche, mais en conservant toujours son indépendance et sa liberté de parole.
Qu’est-ce qui explique l’échec de la stratégie de rassemblement et celui de la candidature commune aux élections présidentielles ?
Parce que les règles n'étaient pas claires au début, et surtout totalement anti-démocratiques (avec le "double consensus", les "personnalités" du collectif national avaient autant de pouvoir que tous les collectifs locaux réunis). Parce que chacune des organisations avait son propre agenda secret, qui primait sur la réussite de la candidature commune, qui fut enterrée en beauté par les fossoyeurs de l'unité.
Que faire face aux logiques institutionnelles favorisant le bipartisme et comment rendre possible un rassemblement majoritaire sur une politique de gauche et de transformation sociale ?
Le problème du PCF n'est pas de rendre possible un rassemblement majoritaire sur une politique "de gauche" et "de transformation sociale" (c'est quoi ça ?). Ca c'est l'agenda de PRS, qui l'a très bien expliqué dans sa dernière convention. Si le congrès du PCF a effectivement commencé chez PRS, il doit maintenant se poursuivre... Notre objectif c'est le communisme. Un tel rassemblement peut être une étape, mais nous devons travailler notre stratégie pour montrer comment nous saurons ne pas nous arrêter à cette étape, qui est une impasse (ce dont tout communiste est convaincu, ou alors il est devenu un "transformiste social" qui va faire un nouveau parti avec Mélenchon).
Quels rassemblements et alliances pour demain ? Le PCF doit-il passer de nouvelles alliances pour retrouver une crédibilité politique ?
Depuis quand la crédibilité politique s'obtient par des alliances ? Ne serait-ce pas plutôt exactement le contraire ? A partir du moment où l'on a une crédibilité politique (et donc un projet politique clairement et fièrement revendiqué), n'est-on pas mieux en mesure de passer des alliances, en sachant avec qui et pourquoi on les conclut ?
Peut-on être à la fois un parti «révolutionnaire» et «de gouvernement» ? Comment ?
De gouvernement certainement pas, c'est justement la limite à ne pas franchir. Des élus locaux ou régionaux, des parlementaires, oui. Mais au gouvernement non. Sauf si l'on est majoritaire, mais là on a déjà gagné ! Mais bon, cette question est à "revisiter" elle aussi !
5. A propos du questionnaire lui-même
Verriez-vous d’autres sujets que nous devrions impérativement traiter ? D’autres problèmes à aborder ?
Ben il manque quand même une "petite" question... Pourquoi nous sommes-nous plantés ? Pourquoi 1,93% ? Proposition de réponse en quelques mots : depuis l'après-guerre, le PCF est devenu un parti électoraliste, dont l'appareil est d'abord (mais certes pas exclusivement) préoccupé par sa propre conservation, qui passe par des succès électoraux, donc (pensent-ils) par des alliances électorales, donc par des compromissions et des reniements qui ont progressivement tué toute notre identité et notre spécificité aux yeux des électeurs. Et sans différence, nous sommes devenus inutiles. Donc condamnés à mourir. La seule solution que nous avons est de sortir d'urgence de cette stratégie électoraliste à court terme.
Quelles questions vous paraissent les plus importantes, prioritaires ?
La définition du projet communiste pour la France, l'Europe et le monde au 21ème siècle. Promis, les moutons noirs y apporteront leur modeste contribution !
Avez-vous des remarques particulières à formuler (sur la dernière période, sur ce que nous devrions faire, sur l’organisation du congrès...) ?
Si notre congrès extraordinaire aboutit à la définition d'un projet politique fort, communiste (ce que j'espère), et soutenu par la majorité des adhérents, pourquoi attendre un an pour se doter des instances dirigeantes qui devront le porter et lui donner vie ?
Vous pouvez télécharger le questionnaire original du PCF.

