Alter Politique - le blog d'un mouton noir

"Si tu ne t'occupes pas de politique, la politique s'occupe de toi." - Rockin'Squat.

Un Nouvel Avenir - Propositions communistes pour le 21ème siècle - Economie

Prologue à l'attention des militants communistes... et des autres

Ce dont crève toute la gauche aujourd'hui, c'est d'absence de projet politique constituant une réelle alternative au capitalisme. Changer de nom ? C'est un beau nom que communiste. Mieux vaut changer un discours qui n'est pas toujours à sa hauteur que changer le nom lui-même. Créer un nouveau parti ? Cela se fera peut-être un jour. Mais surtout pas de façon politicienne et prématurée. Une recomposition politique ne s'improvise pas. En revanche, si elle doit avoir lieu, cela ne sera possible que si les forces en présence ont un discours clair et dense. Encore faut-il l'avoir. Et c'est à cette urgence que nous sommes d'abord confrontés.

Pendant qu'une partie de notre direction s'embourbe dans les marécages de la recomposition, les militants (du PC et d'ailleurs) sont nombreux à rester convaincus que c'est du côté du communisme que l'espoir peut revenir, et avec l'espoir les mobilisations dans les luttes... et dans les urnes.

A l'opposé des catalogages médiatiques et des renoncements électoralistes des édiles, le communisme reste une pensée extrêmement riche et vivante. Il était urgent d'ébaucher une synthèse de cette pensée, pour donner à voir un projet politique dont puissent se saisir les militants.

C'est l'objet de cette première note, consacrée au projet économique. D'autres suivront pour la compléter dans d'autres domaines (énergie, environnement, éducation, etc.) ou l'approfondir sur certains points, en particulier la lutte contre la mondialisation capitaliste.

A quelques semaines d'un congrès très extraordinaire du Parti Communiste, ce document est "versé au débat" dans l'espoir que celui-ci se concentre sur les contenus et le projet, afin qu'émerge enfin une alternative solide et mobilisatrice.

Un nouvel avenir

Propositions communistes pour le 21ème siècle

Première note : le projet économique

Alors qu'il va devoir faire face à des enjeux sans précédent dans les années qui viennent, le monde est aujourd'hui dominé par une violence qui détruit la fraternité entre les hommes et les peuples pour faire de l'autre un concurrent ou un ennemi, une violence qui ravage la Terre sur laquelle nous vivons. Une violence inhérente à un système qui repose sur l'exploitation maximale de l'Homme et des ressources naturelles, et qui porte un nom : capitalisme.

Dans leur grande majorité, les Français et les Européens sont comme stupéfaits. L'Histoire s'est arrêtée. Ou plutôt elle leur échappe et suit son cours inévitable... car sans alternative.

Nous, communistes, n'acceptons pas qu'après 8 000 ans d'Histoire depuis les premiers signes qu'il a gravés sur une tablette, l'Homme en soit encore réduit à la crainte du lendemain, à la précarité, parfois à un véritable esclavage.

Nous sommes convaincus que c'est aux citoyens de décider des biens et services dont ils ont besoin, et à eux d'organiser "en commun" la façon dont ils doivent être produits.

C'est ça le communisme.

Comme pour toute grande pensée, le pire et le meilleur ont été faits en son nom. Le pire nous a beaucoup appris, et surtout que le peuple ne doit jamais abandonner sa souveraineté dans les mains de quelques-uns, qu'ils se proclament "guides éclairés" ou... qu'ils accaparent le capital nécessaire à la production.

Un autre monde est possible ? Non seulement nous l'affirmons, mais nous ajoutons que c'est une question de survie, une urgence absolue pour l'Homme et la planète !

Plus que jamais, les technologies et les ressources dont nos disposons permettent de penser un autre monde, un projet politique "en commun" pour la France, l'Europe et le monde du 21ème siècle. C'est ce projet communiste que nous souhaitons vous présenter en quelques lignes, pour vous faire découvrir son actualité, vous convaincre que l'Histoire ne s'est pas arrêtée et que l'on peut penser le monde autrement, enfin pour vous donner l'envie de nous rejoindre pour élaborer avec nous ce projet et lutter ensemble pour qu'il devienne une réalité.

Des dizaines de pages ne suffiraient pas... Sur quelques sujets essentiels, nous avons donc choisi d'esquisser notre visée, de citer quelques grandes mesures d'urgences que proposerait un gouvernement communiste, et enfin de montrer comment le Parti Communiste peut agir dès maintenant, sur le terrain et avec ses élus.

En commençant par les questions économiques, car "il faut faire la révolution économique en permanence, faire du communisme maintenant !" (Karl Marx).

1. Secteur public, secteur privé : qui fait quoi ?

Avant de détailler nos propositions pour l'économie et les services publics, il est important de bien préciser les critères employés pour répartir les différents secteurs d'activité dans chaque catégorie.

Les services publics

"Les services publics sont un instrument essentiel de la solidarité sociale et de l’effectivité des droits fondamentaux. Et pas n’importe quel instrument : ils opèrent une redistribution sociale et géographique sous une forme collective et non monétaire." (Yves Salesse).

Ils sont gratuits (le bénéficiaire ne paye pas directement le service rendu). Ils sont nationaux (le service est rendu de façon identique sur tout le territoire). Ils sont financés par l'impôt et/ou des cotisations sociales.

Les principaux services publics sont ainsi : la sécurité (police / armée), la justice (et les prisons), la santé, l'éducation et la formation continue, la recherche, la culture, la protection sociale (petite enfance, maladie, chômage, logement, vieillesse, dépendance).

Le secteur public marchand

Le secteur public marchand regroupe toutes les grandes infrastructures nationales et certains secteurs stratégiques indispensables au tissu économique et à la qualité de vie de tous.

Ils sont payants (le particulier, l'entreprise ou la collectivité paye directement pour le service rendu). Ils sont nationaux, régionaux ou locaux. Ils sont financés par les usagers (mais également avec la contribution de la collectivité). Ils nécessitent des investissements à long terme, tant pour leur entretien que pour leur développement, ou relèvent de l'aménagement du territoire. Ils ne sont gérés efficacement que dans le cadre d'un monopole sur le territoire concerné, en raison notamment de leur nature d'infrastructures de réseau.

Le secteur public marchand regroupe ainsi : l'énergie, les transports, les télécoms, la banque et l'assurance, la poste, l'accès aux ressources naturelles (l'eau en particulier) et l'armement.

Le secteur concurrentiel

Il regroupe tous les autres secteurs d'activité, exercés de façon concurrentielle : des services ou produits concurrents sont proposés sur le même territoire par des agents économiques distincts.

2. Les services publics : pour l'effectivité des droits fondamentaux

Quelle légitimité peut avoir un gouvernement pour imposer des devoirs à ses citoyens quand beaucoup de droits fondamentaux sont devenus lettre morte ? Aucune. Et cela a notamment pour conséquence le développement de zones qui sont autant "de non-droit" que "de non-devoir," autour desquelles l'escalade de la violence contre un Etat policier est inéluctable.

Nous affirmons que seul un Etat qui garantira l'effectivité des droits fondamentaux pour l'ensemble des citoyens et des territoires disposera de la légitimité suffisante pour exiger le respect des devoirs, et de l'autorité nécessaire pour assurer la sécurité de tous, qui est également un droit fondamental.

La mise en œuvre de ces droits fondamentaux qui concrétisent le "contrat social" d'un Etat, ce sont les services publics. Mais des services publics profondément rénovés autour de deux axes essentiels : la gratuité et une gestion tripartite par l'Etat, les personnels et les usagers.

La gratuité des services publics : une question de bon sens !

La gratuité ne signifie pas que cela ne coûte rien, mais simplement que parce que l'on a besoin de ces services justement quand on fait face à une situation difficile, à laquelle nous pouvons tous être confrontés un jour ou l'autre, nous faisons le choix solidaire de mutualiser les coûts pour nous protéger ensemble face à ces risques de la vie. Chacun contribue à la hauteur de ses moyens (sous forme de cotisations) et peut bénéficier de ces services "gratuitement" (sans avoir à payer au moment où il a recours au service).

Prenons l'exemple de la santé. La marchandisation croissante de ce secteur constitue un risque majeur pour nous tous, et va coûter très cher à l'ensemble de la société. Aux Etats-Unis, les dépenses de santé représentent une part beaucoup plus importante de la richesse nationale, mais les populations sont en bien moins bonne santé qu'en France. Hyper-privatisé, leur système de santé est devenu plus coûteux et moins efficace que le notre... et pourtant on veut nous imposer les mêmes recettes ! Des vaccins trop efficaces sont abandonnés car pas rentables, des traitements longs et coûteux sont privilégiés, la prévention est totalement négligée, la prise en charge des soins par la sécurité sociale diminue à vue d'œil...

Au contraire, nous affirmons que la dé-marchandisation de la santé sera beaucoup plus efficace : la mutualisation des risques et des coûts est une meilleure solution pour chacun (nous ne sommes plus à la merci des accidents de la vie) et pour tous (la santé publique est renforcée, les dépenses de santé sont maîtrisées). Sur ce dernier point, la réintégration des laboratoires dans le secteur public permettra d'économiser les budgets faramineux qu'ils consacrent au marketing (et que nous finançons avec nos cotisations à la sécurité sociale) et de réorienter leurs recherches non pas dans le but d'une rentabilité financière maximale pour l'actionnaire, mais d'une santé publique optimale. Ce qui n'est pas contradictoire avec l'efficacité économique, car cette approche reste "rentable" pour la société : on dépense moins pour une meilleure qualité.

Une gestion tripartite pour des vrais services vraiment publics

Mais dans la santé comme pour les autres services publics, il ne faut pas remplacer la caste des financiers par celle des technocrates ou des hauts fonctionnaires. Pour que les services publics demeurent efficaces et remplissent leur mission auprès de la population, il faut que les personnels de la fonction publique aient leur mot à dire, car ce sont eux qui sont confrontés à la réalité du terrain et sont souvent les mieux placés pour percevoir la réalité des besoins et imaginer les meilleures solutions. Mais il faut également que les principaux intéressés, les "usagers," soient également entendus, et même impliqués, pour qu'ils puissent s'approprier ces services.

Ainsi, les services publics sont des exécutifs qui mettent en œuvre les grandes orientations décidées par l'Assemblée Nationale, mais tant localement qu'au niveau central, ils doivent être contrôlés par des structures tripartites comportant des représentants de l'Etat ou des collectivités, des personnels et des usagers.

3. Le secteur public marchand : une infrastructure efficace

L'urgence : préserver la sécurité et l'avenir

Parce qu'il représente un gigantesque gisement d'accumulation de capital, mais aussi parce qu'il constitue une expression concrète de la solidarité entre citoyens, et à ce titre représente un obstacle idéologique à la suprématie des valeurs de concurrence et d'individualisation dont a besoin le capitalisme, le secteur public marchand en est depuis plusieurs années l'une des cibles privilégiées.

Le développement de ces activités dans un cadre public et monopolistique relève pourtant du bon sens :

  • Parce que le secteur privé exige une rentabilité de plus en plus élevée et de plus en plus rapide des capitaux investis, incompatible avec les investissements lourds qu'exigent ces secteurs d'activité, qui ne se rentabilisent qu'à très long terme.
  • Parce que la concurrence est ici absolument inefficace (le privé reconstitue d'ailleurs très rapidement des oligopoles après avoir justifié les privatisations par le dogme de "l'ouverture à la concurrence").
  • Parce que le développement de ces infrastructures indispensables au tissu économique et à la qualité de vie de tous relève de l'aménagement du territoire ou de la souveraineté nationale, et ne saurait donc être géré autrement que par et pour le peuple.

En conséquence, et afin de préserver l'avenir et la sécurité de ces infrastructures nationales, seront (ré)intégrés dans le secteur public marchand : l'énergie, les transports, les télécoms, la banque et l'assurance, la poste, l'accès aux ressources naturelles (l'eau en particulier) et l'armement.

Un secteur à reconstruire

Mais le transfert de la propriété de ces secteurs d'activité à la collectivité ne résout pas tout. Il n'est qu'un préalable indispensable pour lancer un grand chantier qui prendra le contrepied exact du processus mis en œuvre depuis plusieurs années par le capitalisme pour se les accaparer, et qui se décompose en trois phases :

  • Morcellement : séparation du réseau, de la production et de la distribution (que ce soit pour le train ou encore pour l'énergie), de l'électricité et du gaz, etc. pour faciliter ensuite le démantèlement.
  • Dégradation : des statuts des personnels mais aussi et surtout de la qualité de service, pour préparer l'opinion publique (ah ces fonctionnaires, tous des fainéants ; ah les services publics, c'est vraiment pas efficace ; ça sera tellement mieux avec le privé...).
  • Privatisation : directement ou par le développement d'opérateurs privés concurrents.

A la privatisation nous répondons par la nationalisation de ces infrastructures, indispensable car si elles restent même en partie aux mains de structures privées, les logiques de rentabilité financière à court terme referont toujours surface.

A la dégradation nous répondons par la revalorisation du statut des personnels, et la reconstitution d'un service de qualité qui passe par la mise en œuvre d'un pilotage tripartite impliquant les personnels, les usagers et les collectivités (locales ou nationales). Ce pilotage est indispensable pour réussir la réappropriation sociale de ces infrastructures et garantir leur efficacité pour le pays et pour les usagers.

Au morcellement nous répondons par l'intégration de la chaîne de valeur et l'intégration territoriale, seules capables d'apporter la pérennité économique de l'ensemble mais aussi la péréquation du service entre les différentes catégories d'usagers et les différents territoires. Mais cette intégration devra également se donner pour perspective le cadre européen...

Le rôle particulier du secteur bancaire

Dans le secteur bancaire, l'implication des collectivités permettra d'orienter les décisions d'investissement et donc de développement en fonction des impératifs d'aménagement du territoire, de relocalisation et de ré-industrialisation.

Des luttes à mener tout de suite

Face à la mise en œuvre violente du programme libéral, de multiples luttes sont à mener dans l'urgence : EDF, GDF, SNCF, La Poste...

Dans toutes ces luttes, nous devons mettre en évidence le processus de morcellement / dégradation / privatisation, en montrant bien qu'il s'agit d'une stratégie voulue et pilotée par des décideurs, mais en aucune façon d'une fatalité.

Il est également indispensable de lutter contre l'opposition usagers / personnels, contre l'idée que le privé serait meilleur, plus sûr, moins cher... Une réflexion est à mener du côté des syndicats pour montrer qu'au-delà de leurs statuts, c'est tout un projet de société qu'ils défendent, pour le bien de tous et en premier lieu des usagers.

Ces luttes peuvent aussi s'appuyer sur des campagnes nationales ou locales d'alerte sur la dégradation organisée des services publics. On pourrait par exemple tagger les trains de banlieue qui restent en service malgré une maintenance insuffisante, en y inscrivant en rouge "matériel dangereux – le capitalisme joue avec votre sécurité" et en distribuant des tracts aux usagers pour expliquer, chiffres à l'appui, d'où vient la détérioration de la qualité et de la sécurité du service.

Ce type d'actions doit permettre de percer la chape de plomb médiatique et d'ouvrir le débat idéologique au niveau national.

Dans les collectivités locales où ils sont présents, les élus communistes peuvent aussi contribuer à la réappropriation sociale des infrastructures et des réseaux (eau, transports, etc.). Ils sollicitent l'implication des citoyens dans la gestion de la collectivité, à tous les niveaux.

4. Le secteur concurrentiel : une économie par et pour les citoyens

La visée communiste : l'appropriation sociale des moyens de production

Les moyens de production, ce sont le capital, les machines, le savoir-faire, les brevets, les ressources naturelles... tout ce qui permet de produire. L'appropriation sociale, c'est gérer en commun ces ressources, décider ensemble de leur usage et de la façon d'en répartir les fruits.

Comme l'ont affirmé Marx et Engels, la révolution est un processus qui se nourrit notamment des contradictions et des antagonismes de classe. En décrétant artificiellement la fin de ces contradictions par l'abolition complète et rapide de la propriété privée des moyens de production, les pays de l'Est, et en premier lieu l'URSS, ont sclérosé ce processus et empêché leurs peuples de maîtriser leur émancipation.

Forts de cet enseignement, nous proposons au contraire de ne pas abolir d'emblée la propriété privée des moyens de production dans le secteur concurrentiel, mais par contre de modifier immédiatement ses règles de fonctionnement de façon à en supprimer les conséquences les plus nocives socialement, mais aussi et surtout à favoriser le développement au sein de ce secteur concurrentiel d'un sous secteur coopératif, caractérisé par une propriété et une gestion collective des moyens de production, ce sous-secteur étant appelé à supplanter progressivement le secteur "privé".

Bâtir une nouvelle économie

L'économie "de marché" sera ainsi immédiatement réorientée au service des citoyens (alors qu'aujourd'hui c'est elle qui asservit les peuples), par deux moyens :

- La définanciarisation de l'économie : coup d'arrêt aux transactions spéculatives (par l'interdiction et/ou la taxation) ; instauration d'un droit de préemption sociale en cas de délocalisation, de dépôt de bilan, de rachat ou de fermeture d'un site (le personnel peut voter la réappropriation sociale et exproprier les actionnaires).

- La démocratisation de l'entreprise : renforcement de l'inspection du travail, instauration de nouveaux droits pour les salariés (notamment d'information et d'intervention sur la gestion de l'entreprise), révocabilité des dirigeants, ouverture du conseil d'administration aux personnels, aux collectivités locales et aux clients ou usagers.

Et pour préserver cette nouvelle économie, lui permettre de s'insérer dans l'économie mondiale tout en favorisant le développement de partenariats internationaux, un protectionnisme souple, à la fois défensif et offensif, sera mis en place : défensif par l'instauration d'une taxe à l'entrée sur le marché national, variable en fonction du secteur d'activité et des conditions du pays d'origine ; offensif par l'affectation d'une partie des ressources de cette taxe à l'aide au développement des pays partenaires.

Faire reculer le capitalisme dès aujourd'hui

Le Parti Communiste peut contribuer dès aujourd'hui à réduire l'emprise du capitalisme et à favoriser l'implication de tous dans la gestion de notre vie quotidienne.

Pour se développer, le capitalisme s'appuie sur un "moteur à deux temps" : le salariat (qui permet d'extraire la plus-value sur le travail) et la consommation (qui permet de récolter les fruits de cette extraction). Nous affirmons qu'il est possible de gripper ce moteur, de l'affaiblir dès aujourd'hui.

Le secteur coopératif est déjà une réalité. En constituant une coopérative, des travailleurs peuvent retrouver un emploi et briser le premier temps du moteur du capitalisme : l'accumulation du capital par l'extraction de la plus-value (les bénéfices) sur le dos du travail salarié. Le Parti Communiste doit s'investir dans le secteur coopératif, soutenir les salariés qui se lancent dans cette aventure, développer une véritable expertise juridique et opérationnelle dans ce domaine.

Pour favoriser le développement de ce secteur coopératif, nous devons également réorienter vers lui une partie de la consommation, pour briser le second temps du moteur du capitalisme. Mais la consommation prend deux formes : individuelle (les ménages) et mutualisée (les collectivités et l'Etat). Dans les collectivités locales où ils sont présents, les élus communistes peuvent ainsi jouer un rôle déterminant, en favorisant le secteur coopératif dans l'attribution des marchés publics.

Chaque salarié qui quitte le secteur capitaliste pour le secteur coopératif est une victoire qui doit être fêtée ! Chaque produit ou service consommé en dehors de la sphère capitaliste est également une victoire. Dès aujourd'hui, chaque section, chaque militant, chaque élu du parti peut contribuer à accumuler ces petites victoires, pour commencer à vider le capitalisme de sa substance. De nouveaux liens pourront également se tisser avec d'autres peuples qui ont développé des stratégies comparables, notamment en Amérique du Sud (en Argentine en particulier).

Bien sûr ces victoires ne suffisent pas, mais elles conforteront la crédibilité et l'audience de notre projet, pour que la possibilité même d'une alternative s'impose à nouveau. Et cette possibilité est la condition première pour que renaisse l'espoir, indispensable pour obtenir une réelle mobilisation, dans les luttes comme dans les urnes.

Car en attendant de gagner le pouvoir politique, les luttes restent indispensables pour empêcher les privatisations, véritable hold-up sur notre patrimoine national, et arracher au capitalisme des améliorations des conditions de travail et des salaires.

Nous n'attendons pas le grand soir, la révolution commence aujourd'hui !

Septembre 2007
Texte collectif rédigé par des militants du PCF Paris 20ème.

12 septembre 2007 dans Un Nouvel Avenir | Lien permanent | Commentaires (1)

Le gouvernement des faits divers : un écran de fumée !

De quoi parlent les médias ?

48h sur le frère de Rachida
48h sur les bourrelets retouchés de Sarkozy
48h sur la lutte contre les pédophiles
48h sur la gaffe de Kouchner en Iran
48h sur les chiens méchants
48h sur les procureurs
48h sur les commerçants dans les quartiers
48h...

Pendant ce temps-là, que fait vraiment le gouvernement ?

  • Démolir les services publics (poste, énergie, santé, et maintenant l'école).
  • Démolir les mécanismes de redistribution (paquet fiscal, baisses de charges).
  • Démolir la protection sociale (sécu, franchises, bientôt les retraites).
  • Démolir la contestation (service minimum, droit de grève).

Cette stratégie est parfaitement pensée et exécutée, elle ne doit rien au hasard : pendant que l'on alimente la sphère médiatique avec des sujets dont elle est friande, et dont elle s'emplit jusqu'à saturation, on peut mettre en œuvre à marche forcée et sans faire trop de bruit un programme extrêmement cohérent.

Face à la mondialisation : le sous-développement ou le communisme !

Ce programme est l'un des deux seuls possibles pour faire face à la mondialisation : baisser les charges, baisser les salaires, baisser les retraites, baisser la protection sociale... bref, baisser sa culotte ! Ouvrir en grand les frontières à la concurrence libre et non faussée, et nous donner comme seule perspective le niveau de vie des pays en voie de développement. En clair, faire de la France un pays sous-développé.

La seule autre solution, c'est le projet communiste pour le 21ème siècle. Un projet animé d'une vision positive de l'avenir, et à la hauteur des enjeux de notre temps. Un projet solidement appuyé sur trois piliers :

  • Des services publics de qualité, gratuits, garants de la cohésion sociale.
  • Un secteur public marchand capable de garantir la pérennité, la sécurité et l'évolution des services et des infrastructures dont les foyers et les entreprises ont besoin.
  • Une économie concurrentielle définanciarisée, intégrant des mécanismes favorisant sa mutation progressive vers une économie coopérative contrôlée par les citoyens, et intégrée dans l'économie mondiale à travers des règles souples de protectionnisme adaptées aux conditions spécifiques de chacun de nos partenaires. Une économie au service de l'Homme et respectueuse de son environnement.

Comment contrer la stratégie du gouvernement des faits divers ?

Il faut dénoncer le "gouvernement heure par heure", sans aucun recul ni vision pour la France. Et sur chaque sujet, ramener inlassablement le débat à une question centrale : quelle solution face à la mondialisation et aux délocalisations ? Notre objectif doit être que s'ouvre enfin un débat national sur cette question.

Exemple sur les pédophiles :

- Que pensez-vous des projets de loi du gouvernement sur les pédophiles ?
- De la poudre aux yeux ! Ils ne seront pas plus appliqués que les multiples lois existant déjà, faute de moyens suffisants. Parce que le choix du gouvernement est clair : baisse du budget de l'Etat, baisse du nombre de fonctionnaires, baisse du nombre de travailleurs sociaux, baisse de ceci, baisse de cela... Et un pédophile de plus qui a pu abuser d'un petit garçon, notamment parce que la surveillance judiciaire dont il devait faire l'objet à sa sortie de prison est restée lettre morte : le Juge d'Application des Peines lui avait fixé un premier rendez-vous près de deux mois après sa sortie de prison ! Forcément, il traite à lui seul des centaines de dossiers par an ! Ce "gouvernement de la baisse" nous tire vers le bas car c'est sa stratégie face à la mondialisation : faire de la France un pays sous-développé ! Nous, les communistes, nous affirmons qu'un autre projet est possible pour la France. Nous exigeons un grand débat national sur les solutions à apporter face aux délocalisations !

04 septembre 2007 dans Un mouton noir chez les rouges | Lien permanent | Commentaires (0)

Questionnaire du PCF : le Mouton Noir fait ses devoirs de vacances

Parti pris : répondre de la façon la plus dense et la plus spontanée possible. Surtout ne pas se relire. Tant pis si ça part un peu dans tous les sens, au moins ça lancera le débat. C'est le but, non ? C'est parti...

1. Dans quelle société vivons-nous ? Que faut-il y changer ?

A. Le capitalisme aujourd’hui

Comment qualifier le capitalisme aujourd’hui ? A-t-il changé et en quoi ? Quelles sont les nouvelles formes d’exploitation, d’aliénation et de domination ?

La concentration du capital s'est accélérée, notamment à travers les frontières, pour constituer de grands groupes transnationaux. Le capitalisme s'est également financiarisé. Ces deux phénomènes se conjuguent avec pour conséquence une distanciation entre les classes : le salarié ne voit plus ses vrais patrons, ceux qui possèdent tout en haut le capital et accumulent les profits sur son salaire. Les antagonismes de classes se sont ainsi dépersonnifiés, "virtualisés", et les salariés en viennent à penser qu'ils subissent un système et non pas les décisions de véritables humains en chair et en os qui existent pourtant (on les voit à Davos...).

Le combat pour le dépassement du capitalisme est-il nécessaire ? Est-il possible ? Est-il suffisant ?

Non, non, c'est super chouette le capitalisme, faudrait surtout pas chercher à voir au-delà... Blague à part, moi je ne sais pas ce que c'est que le "dépassement du capitalisme". En attendant qu'on m'explique, je suis pour le "communisme".

Le Parti Communiste Français a-t-il suffisamment pensé l’impact des questions écologiques et internationales, la révolution informationnelle, les découvertes scientifiques et techniques ?

Non. Non. Non. Non... non ?

Ces enjeux sont-ils porteurs d’une obligation à renouveler son analyse théorique et pratique du monde ?

Très certainement. On a du boulot.

B. Une société en mouvement

La classe ouvrière a-t-elle disparu, sa structuration s’est-elle modifiée ? Comment la définir aujourd’hui ?

Ce qui n'a pas disparu, c'est le salariat. Et c'est bien lui que Marx pointait du doigt comme mécanisme de base d'extraction et d'accaparement de la plus-value par le capital. Aux 18ème et 19ème siècles le salariat était surtout ouvrier, aujourd'hui il est (chez nous) surtout dans le tertiaire. Mais les agents des centres d'appel, les caissières de Monoprix, les techniciens et les informaticiens d'IBM ou de Peugeot... sont les prolétaires d'aujourd'hui : ils vivent en vendant leur force de travail à des capitalistes qui en extraient le maximum de plus-value.

Les aspirations profondes de notre peuple ont-elles changé ? Comment peut-on les caractériser ?

On veut toujours tous la même chose : le bonheur pour nous et nos enfants !

La société française a-t-elle « glissé à droite » ? Les Français partagent-ils majoritairement les idées de la droite, ou n’y sont-ils pas perméables devant la faiblesse de celles de la gauche ?

Bien sûr. La gauche et le parti communiste sont tellement absents du débat idéologique et politique que les gens en viennent à penser que ce fameux bonheur ne s'obtient qu'en jalousant ou en écrasant son voisin.

C. Quelles luttes pour une autre société ?

Quels sont les espaces de résistances à la mondialisation capitaliste ?

Bien faibles aujourd'hui, par absence de perspectives idéologiques. Balbutiant du côté des alters et des écolos, qui semblent néanmoins errer dans le noir sans boussole...

Le Parti Communiste Français n’a-t-il pas négligé des formes émergentes de lutte, de résistance et de dépassement du capitalisme ?

Si. Résistance et désobéissance civiles. Contre-offensive idéologique (par exemple comme ça). Auto-organisation à la base. Développement du secteur coopératif. Repersonnification des antagonismes de classe. Explication concrète du communisme. Agit-prop...

Comment convaincre que la mondialisation du capitalisme n’est pas une contrainte insurmontable ? Comment redonner du crédit aux idées de progrès social, de changement et de partage dans le monde d’aujourd’hui ?

En explicitant le projet politique des communistes pour le 21ème siècle, basé sur la réappropriation sociale des moyens de production et la démocratie. En ayant le courage d'affirmer qu'il faut oser provoquer une crise institutionnelle européenne et mondiale pour casser les logiques en œuvre au sein de l'Union européenne et des institutions financières internationales (OMC, FMI, Banque Mondiale). En montrant que les délocalisations ne sont pas une fatalité, et en parlant avec intelligence du protectionnisme.

Comment travailler à reconstituer une solidarité entre salariés dans un monde où le travail est aussi éclaté ? Comment convaincre que les salariés, les chômeurs, les précaires, les retraités, etc... ont les mêmes intérêts politiques ?

En explicitant le fonctionnement, les logiques et les intérêts du système capitaliste et de ceux qui en profitent. En montrant que l'on peut faire autrement, qu'il existe une alternative, pour redonner l'espoir. Car c'est surtout l'absence d'alternative qui tue l'espoir et provoque la résignation. En reconstituant aussi les solidarités au niveau international.

2. Sur notre projet

A. Le communisme en question ?

Quel sens donner aujourd’hui au mot de communisme ?

Le communisme, c'est l'appropriation sociale des moyens de production. Les moyens de production, ce sont le capital, les machines, le savoir-faire, les brevets, les ressources naturelles... tout ce qui permet de produire. L'appropriation sociale, c'est gérer en commun ces ressources, décider ensemble de leur usage et en conserver les fruits. C'est aux citoyens de décider des biens et services dont ils ont besoin, et à eux d'organiser "en commun" la façon dont ils doivent être produits.

Quelle est l’image de ce mot dans l’opinion ?

En partie mauvaise pour plusieurs raisons : d'abord parce que ça arrange bien les médias dominants à la solde du capitalisme, ensuite parce que seules les expériences historiques totalitaires des pays de l'est lui sont associées, enfin (et surtout) parce que personne ne se préoccupe de donner à ce mot le sens et l'image qu'il mérite (et notamment pas le Parti Communiste... un comble !). Mais il possède aussi un puissant capital de sympathie sur lequel il faut rebondir et à partir duquel il faut construire. Les gens sentent confusément que c'est du côté du communisme que l'espoir peut revenir. Ils savent également que les communistes sont sincères et que leur engagement peut être total, comme ils l'ont prouvé dans la Résistance.

Faut-il continuer à s’y référer ?

Le communisme, ce n'est pas un simple mot, c'est un projet politique, une façon de penser le monde. Si l'on change le mot sans changer le projet politique, les capitalistes se chargeront bien de rappeler qui nous sommes... alors à quoi bon changer de nom ? Sauf à vouloir changer de projet politique et abandonner l'idée d'abattre le capitalisme. Mais ceux que ça intéresse peuvent aller ailleurs, personne ne les oblige à rester au Parti Communiste !

Le PCF est-il encore marxiste ? Est-il seulement marxiste ?

Le communisme est toujours marxiste (!)... il vaudrait mieux que le PCF le soit aussi ! Etre marxiste, c'est d'abord être convaincu que les antagonismes de classe sont une réalité. Que le travail du salarié génère une plus-value qui vient enrichir le capitaliste, et que leurs intérêts sont fondamentalement divergents. Mais c'est aussi savoir analyser les expériences historiques pour actualiser cette pensée qui n'est pas gravée dans le marbre.

B. Quelle identité pour quel projet et quelle politique ?

Quelles sont les valeurs essentielles défendues par le PCF ?

Je n'aime pas les "valeurs"... Liberté ? Egalité ? Fraternité ?

Le projet communiste ne se définit-il pas principalement en « creux », n’est-il pas d’abord « anti » avant d’être « pour » ?

Effectivement, le Parti Communiste a aujourd'hui un discours surtout "anti" et pas assez "pour". Il n'est pas audible sur le communisme... qui lui se définit bien si l'on veut s'en donner la peine !

Quel projet politique pour une organisation comme le PCF ?

Ben... le communisme. L'appropriation sociale des moyens de production, etc... (voir réponses précédentes). Bon d'accord, il faudra expliciter un peu plus. On y travaille, c'est promis !

Comment mieux agir et intervenir à l’échelle de la France, de l’Europe et du monde ? Comment mieux démontrer que les moyens d’une autre politique existent et parvenir à rendre crédible un projet de transformation sociale ?

En ayant le courage de montrer qu'il ne s'agit justement pas de transformation sociale, mais bien de révolution : si l'on pense que le système capitaliste est améliorable, amendable ou transformable, on va au PS ou chez PRS. Si l'on est convaincu qu'une autre politique existe, qu'un autre monde est possible, alors on a envie de l'expliquer et en plus on est crédible. On est communiste.

Comment casser cette image d’un parti qui ne s’adresserait pas à l’ensemble des hommes et femmes, mais seulement aux hommes et femmes les plus en difficulté ?

En s'adressant à tous avec un projet global pour la société, et non pas en jouant les dames patronnesses en se contentant de quémander pour les plus défavorisés sans remettre fondamentalement en cause le capitalisme.

Quelles batailles d’idées faut-il mener et comment être mieux compris et entendu ?

Lancer la contre-offensive idéologique. Casser la logique de division entre travailleurs et assistés. Revendiquer notre projet politique. Démonter, démontrer et mettre en lumière les mécanismes du capitalisme et ceux qui le pilotent. Lancer une campagne d'explication du communisme. Faire de l'agit-prop, de la provoc et du décalé pour enfoncer le coin dans le mur des médias en les prenant à leur jeu de la course à l'audience et à l'exclu.

3. Sur notre organisation.

A. De quelle organisation politique avons-nous besoin ?

Quelles sont l’implantation et l’influence réelle du PCF, notamment dans les quartiers populaires, dans le monde du travail, dans la ruralité, auprès des intellectuels, etc.. ?

?

Peut-on concevoir, à partir du potentiel communiste, militant, historique et intellectuel, son propre dépassement pour poursuivre un projet politique d’émancipation humaine, de visée communiste ?

Revoilà le dépassement. Je comprends toujours pas. C'est grave ?

Comment concevoir son rôle d’organisation politique ? Doit-il changer de nom, de mode d’organisation ?

Il ne faut pas changer de nom mais lui donner une autre signification. S'inspirer du zapatisme pour le mode d'organisation : commander en obéissant.

La forme « parti » est-elle à revisiter ?

Nos pratiques, oui, probablement (voir les questions suivantes). Mais nous avons besoin de la forme parti, qui reste aujourd'hui la plus efficace.

Faut-il aller vers la création d’un nouveau parti ?

Encore ? Mais c'est une manie ! Mais allez-y, ouste ! Et laissez le Parti Communiste aux communistes !

B. Quel fonctionnement et quel militantisme ?

Que signifie être un-e élu-e, un-e dirigeant-e communiste ?

Dans la réalité ou dans nos rêves ? Disons que l'on aimerait qu'ils soient les témoins du communisme, qu'ils suscitent et appuient les luttes, qu'il attribuent les appels d'offres de leurs collectivités exclusivement à des structures publiques ou coopératives, qu'ils impliquent les citoyens dans la gestion de leurs collectivités.

Jouent-elles-ils leur rôle ?

Ben ce sont des humains... alors il y a autant de réponses que d'élus. Mais le parti joue-t-il son rôle auprès d'eux ? Comment sont-ils formés, appuyés, soutenus, encadrés ?

Que veut dire militer aujourd’hui ?

Mener une lutte idéologique en mettant en avant le communisme et en démontant le capitalisme. Mais c'est aussi soutenir et/ou susciter les luttes sur le terrain. Enfin, c'est contribuer à faire vivre le communisme dès maintenant dans la sphère économique (comme le préconisait Marx), sans attendre l'anéantissement du capitalisme, par exemple en s'investissant dans le développement du secteur coopératif pour commencer à vider le capitalisme de sa substance.

Comment faire vivre la diversité des idées au sein d’une organisation politique tout en assurant le respect des choix majoritaires ?

Justement en assurant le respect des choix majoritaires... Car si les minoritaires participent au débat mais après font ce qu'ils veulent, ça ne sert à rien de voter pour formuler un choix majoritaire. Donc ça ne sert à rien de débattre pour préparer ce vote et essayer de convaincre les autres. Donc ça ne sert à rien d'exprimer des idées différentes pour les confronter. Et chacun s'enferme dans sa petite chapelle et ourdit ses petits complots pour prendre le pouvoir par des luttes d'influence et de couloir, ce pouvoir se réduisant à l'accès aux moyens d'un appareil. Et on fait semblant d'avoir un débat autour d'un seul texte le plus consensuel et informe possible afin que chaque chapelle y retrouve un petit quelque chose.

Comment être plus attractifs auprès des jeunes ?

Avant tout en portant un projet politique fort pour leur redonner espoir. En ne les prenant pas pour des neuneus mais pour des citoyens dotés d'un cerveau et capables de comprendre le monde qui les entoure. Mais aussi en leur proposant des méthodes d'action et de militantisme originales. Pourquoi ne pas leur proposer de taguer en rouge "attention danger – ne pas monter – matériel non maintenu par le capitalisme dans l'attente d'une privatisation" sur tous les wagons obsolètes et mal entretenus des trains de banlieue ?

Comment mieux s’épanouir dans son engagement et rendre plus efficace le militantisme ?

A partir du moment où engagement et militantisme s'inscrivent dans la perspective d'un projet clair et affirmé, cette question se pose déjà beaucoup moins... Mais il faut aussi dans chaque domaine réfléchir aux possibilités qui existent de commencer à bâtir tout de suite du communisme, concrètement, dans les quartiers et les entreprises. Car nous ne croyons pas au grand soir et sommes au contraire convaincus, comme Marx, que la révolution est un processus qui commence demain matin.

4. Sur le rassemblement et les alliances.

A quoi correspond aujourd’hui la gauche ? Quelle devrait-être la place du PCF au sein de la gauche ?

La gauche, c'est avec la droite l'une des deux façons de gérer le capitalisme. Le PCF n'est pas soluble dans la gauche, car il n'est pas capitaliste, il est communiste (lire cette note). Pour certaines échéances électorales, il peut parfois passer une alliance tactique et momentanée avec la gauche, mais en conservant toujours son indépendance et sa liberté de parole.

Qu’est-ce qui explique l’échec de la stratégie de rassemblement et celui de la candidature commune aux élections présidentielles ?

Parce que les règles n'étaient pas claires au début, et surtout totalement anti-démocratiques (avec le "double consensus", les "personnalités" du collectif national avaient autant de pouvoir que tous les collectifs locaux réunis). Parce que chacune des organisations avait son propre agenda secret, qui primait sur la réussite de la candidature commune, qui fut enterrée en beauté par les fossoyeurs de l'unité.

Que faire face aux logiques institutionnelles favorisant le bipartisme et comment rendre possible un rassemblement majoritaire sur une politique de gauche et de transformation sociale ?

Le problème du PCF n'est pas de rendre possible un rassemblement majoritaire sur une politique "de gauche" et "de transformation sociale" (c'est quoi ça ?). Ca c'est l'agenda de PRS, qui l'a très bien expliqué dans sa dernière convention. Si le congrès du PCF a effectivement commencé chez PRS, il doit maintenant se poursuivre... Notre objectif c'est le communisme. Un tel rassemblement peut être une étape, mais nous devons travailler notre stratégie pour montrer comment nous saurons ne pas nous arrêter à cette étape, qui est une impasse (ce dont tout communiste est convaincu, ou alors il est devenu un "transformiste social" qui va faire un nouveau parti avec Mélenchon).

Quels rassemblements et alliances pour demain ? Le PCF doit-il passer de nouvelles alliances pour retrouver une crédibilité politique ?

Depuis quand la crédibilité politique s'obtient par des alliances ? Ne serait-ce pas plutôt exactement le contraire ? A partir du moment où l'on a une crédibilité politique (et donc un projet politique clairement et fièrement revendiqué), n'est-on pas mieux en mesure de passer des alliances, en sachant avec qui et pourquoi on les conclut ?

Peut-on être à la fois un parti «révolutionnaire» et «de gouvernement» ? Comment ?

De gouvernement certainement pas, c'est justement la limite à ne pas franchir. Des élus locaux ou régionaux, des parlementaires, oui. Mais au gouvernement non. Sauf si l'on est majoritaire, mais là on a déjà gagné ! Mais bon, cette question est à "revisiter" elle aussi !

5. A propos du questionnaire lui-même

Verriez-vous d’autres sujets que nous devrions impérativement traiter ? D’autres problèmes à aborder ?

Ben il manque quand même une "petite" question... Pourquoi nous sommes-nous plantés ? Pourquoi 1,93% ? Proposition de réponse en quelques mots : depuis l'après-guerre, le PCF est devenu un parti électoraliste, dont l'appareil est d'abord (mais certes pas exclusivement) préoccupé par sa propre conservation, qui passe par des succès électoraux, donc (pensent-ils) par des alliances électorales, donc par des compromissions et des reniements qui ont progressivement tué toute notre identité et notre spécificité aux yeux des électeurs. Et sans différence, nous sommes devenus inutiles. Donc condamnés à mourir. La seule solution que nous avons est de sortir d'urgence de cette stratégie électoraliste à court terme.

Quelles questions vous paraissent les plus importantes, prioritaires ?

La définition du projet communiste pour la France, l'Europe et le monde au 21ème siècle. Promis, les moutons noirs y apporteront leur modeste contribution !

Avez-vous des remarques particulières à formuler (sur la dernière période, sur ce que nous devrions faire, sur l’organisation du congrès...) ?

Si notre congrès extraordinaire aboutit à la définition d'un projet politique fort, communiste (ce que j'espère), et soutenu par la majorité des adhérents, pourquoi attendre un an pour se doter des instances dirigeantes qui devront le porter et lui donner vie ?

Vous pouvez télécharger le questionnaire original du PCF.

26 juillet 2007 dans Un mouton noir chez les rouges | Lien permanent | Commentaires (3)

Le Parti Communiste n'est pas de gauche... et doit rester communiste !

Droite ou gauche ne sont que deux façons de gérer le système capitaliste. Sarkozy nous rend un grand service en démontrant à quel point ces deux notions ne s'opposent pas tant que ça ! S'enfermer dans cette dualité, c'est vouer aux gémonies les électeurs qui votent à droite, alors que ce sont aussi pour beaucoup des producteurs.

Notre ambition est de changer de système de production, pas de gagner des élections. "L'Etat, le régime politique, constitue l'élément secondaire, et la société civile, le domaine des relations économiques, l'élément décisif" (Engels !). Et quand on sait ce qu'est devenu aujourd'hui le système politico-médiatique dans lequel se déroulent les élections, cette citation est d'une actualité brûlante !

Les communistes ne veulent pas gérer ou amender le capitalisme, mais le reléguer dans les manuels d'histoire. En ce sens, le Parti Communiste ne s'inscrit pas dans la dualité "droite/gauche" que nous connaissons aujourd'hui en France. S'il participe néanmoins aux processus électoraux, c'est à mon sens pour deux raisons :

  • Obtenir des élus qui bénéficieront ainsi d'une tribune pour dénoncer les méfaits du système capitaliste et populariser nos propositions, mais aussi pourront utiliser leur pouvoir local pour favoriser à leur niveau la transition vers le communisme, "par le bas".
  • Bénéficier du financement public de la vie politique.

Le vote "de gauche" est une réponse conformiste. Le vote communiste est un vote "grain de sable" anticonformiste. Si peu d'électeurs ne ressentent l'utilité de ce vote dans le cadre du système électoral actuel, il est difficile de leur en vouloir ! Ils demeurent néanmoins nombreux à rester attachés à cet espoir d'un monde meilleur que représente le Parti Communiste.

Si l'on veut absolument donner une signification subliminale au (léger) sursaut électoral constaté lors des législatives en faveur du PCF, j'oserai celle-ci : les Français ne veulent pas que le Parti Communiste disparaisse de la scène politique, et en particulier sous ce nom-là, car sinon c'est que tout espoir d'une alternative au capitalisme serait perdu. Et il n'en est pas question !

Dans le cadre des débats sur la recomposition qui agitent les appareils des partis "de gauche" et hélas également celui du Parti Communiste, deux voies s'ouvrent à nous :

  • Se fondre dans un parti "de gauche" voué à rester un allié naturel du Parti Socialiste alors que, comme l'affirmait Jean Lecanuet, "l'alliance entre socialistes et communistes est une alliance contre nature" (il ne faut jamais sous-estimer l'apport que peut représenter la lucidité de certains hommes de droite sur la gauche française !).
  • Ne pas laisser s'éteindre la flamme communiste, au contraire la raviver pour reconstruire un Parti Communiste dont l'ambition première ne sera pas exclusivement de gagner des élections, ce qui le condamnerait, mais d'abord d'ouvrir une perspective vers un projet politique clairement revendiqué et de changer la vie au quotidien par l'appropriation sociale des services publics et des moyens de production.

C'est bien ainsi que de nombreux militants et sympathisants perçoivent la situation actuelle. Et pour beaucoup en favorisant très clairement le second terme de cette alternative.

Espérons que le prochain congrès nous permettra de trancher cette question. Et de nous doter rapidement d'instances exécutives en phase avec l'orientation qui aura été choisie.

14 juillet 2007 | Lien permanent | Commentaires (8)

Contre-offensive idéologique : cette femme est une fainéante !

L'un des ressorts les plus puissants de la victoire idéologique de Sarkozy est maintenant bien connu. Cette analyse se retrouve chez PRS (on en a parlé), chez Lipietz (on n'en a pas parlé mais on l'a lu - bof) et même au PCF (si, si, il y en a qui pensent à autre chose qu'à la "recomposition") : Sarkozy a réussi à opposer les salariés (qui se lèvent tôt) aux "exclus" ou aux "assistés" (qui se couchent tard). En convaincant les premiers qu'il ne tenait qu'à eux de devenir riche, et que pour ça il fallait notamment arrêter de distribuer de l'argent aux seconds, les fainéants.

En plus de noircir des pages entières dans l'Huma sur la recomposition à gauche et la "transformation sociale", on pourrait aussi passer à la contre-offensive idéologique ?!

S'il est utile de se mobiliser "en aval" pour lutter contre les projets de la droite et leurs conséquences, il faut aussi agir "en amont" sur deux fronts : -1- casser la logique de division entre "travailleurs" et "assistés" et -2- montrer qu'une alternative existe : le projet communiste pour le 21ème siècle.

Pour le -1- ça pourrait donner un tract national dans ce genre là, à diffuser à la sortie des entreprises. Qu'en pensez-vous ? (cliquez sur l'image pour voir le PDF au format A4)

Pour le -2- les cocos y travaillent, c'est promis... et espérons que ce sera l'un des thèmes centraux du congrès !

Faineante

12 juillet 2007 dans Un mouton noir chez les rouges | Lien permanent | Commentaires (0)

Le congrès du PCF a déjà commencé... chez PRS !

"Pour la République Sociale" (PRS, aile gauche interne au PS) a tenu sa convention nationale il y a quelques jours, et produit un document très intéressant : La gauche d'après. En préparation de notre congrès extraordinaire, les adhérents du PCF devraient tous le lire : on gagnerait beaucoup de temps pour aller plus vite à l'essentiel et à l'urgence.

1. Une analyse brillante

Ce n'est pas la première fois que je constate ça, mais PRS dispose apparemment de ressources analytiques particulièrement affutées. Qu'il s'agisse de l'analyse historique de la séquence politique que constituent les 20 dernières années, de l'analyse de ce qu'est le sarkozisme, ou encore de l'analyse du double échec du "communisme d'Etat" et de la social-démocratie, il n'y a pas grand-chose à ajouter...

Petit extrait sur l'échec du "communisme d'Etat" : "La cause fondamentale de l'effondrement du bloc de l'Est doit donc être cherchée ailleurs. Elle est politique. Elle consiste en l'incapacité à apparaître comme un système compatible avec l'émancipation de la personne et dès lors à obtenir le consentement de la population." C'est précédé de tout ce qui va bien pour en arriver là, et suivi de tout ce qu'il faut pour expliciter. Comme d'habitude avec PRS c'est un peu long (pas loin de 50 pages en tout, mais des petites au format poche), mais si on le lit tous on va pouvoir économiser un congrès sur les deux qui nous attendent... ça vaut peut-être le coup ?

2. Des premières réponses qui nous conviennent

Face à cette situation, PRS identifie quatre enjeux majeurs pour rompre avec le libéralisme, illustrés à chaque fois par leur concrétisation en Amérique du Sud, les projets du Linke allemand et les questions posées en France :

"1°) La refondation civique des nations grâce à des processus constituants"

Pour changer vraiment les règles du jeu, refonder le contrat social, garantir l'implication de tous et préserver l'Etat de droit tout au long des transformations nécessaires, il faut faire évoluer le cadre constitutionnel.

"2°) La récupération de la souveraineté sur les grands outils de développement et l'appropriation sociale des ressources naturelles."

Renationalisation de l'énergie et de toutes les grandes infrastructures du pays. Ce n'est pas nous qui dirons le contraire... Ne pas oublier néanmoins le contrôle citoyen.

"3°) La priorité aux plus pauvres pour abolir l'apartheid social."

Incroyable : si on fait le contraire de ce que veut le FMI (politique sociale ambitieuse, services publics renforcés, etc.), la pauvreté recule et la croissance est au rendez-vous ! Etonnant non ? Merci les sud-américains.

"4°) L'affirmation du droit à décider d'après ses propres besoins de développement face à la superpuissance états-unienne et aux institutions financières internationales."

Rétablir la souveraineté nationale et faire reculer le capitalisme mondialisé et financiarisé, pour retrouver les marges de manoeuvre indispensables pour conduire une politique internationale tournée vers la coopération et le développement.

Ces quatre axes fondent la République Sociale telle que la conçoit PRS. Pour ce que je connais de mes petits camarades, les communistes n'auraient pas grand-chose à enlever à ce projet... et à ajouter ? Vous ne trouvez pas qu'il manque quelque chose ?

3. "Un monde sans bords"... ?

Je cite PRS (si, si !) : "Beaucoup des avancées sociales arrachées par la social-démocratie européenne au cours du XXe siècle ne l'auraient pas été si le spectre de la « contagion communiste » n'avait limité la gourmandise des possédants. Aujourd'hui le nouvel ordre mondial est « globalitaire ». C'est un monde sans bords où nulle part ne se donne à voir la possibilité d'une alternative au système. L'arrogance des dominants, au premier rang desquels l'hyperpuissance américaine, ne connaît plus de limites."

Je vous le disais qu'on va gagner du temps... mais revenons à nos moutons.

Alors le nouveau rempart contre l'hégémonie du capitalisme mondialisé, c'est la République Sociale ? Bien maigre barrière... regardez comment Chavez perd complètement les pédales sur le problème des biocarburants.

Oui, la République Sociale va clairement dans le bon sens, mais sans boussole ni visée résolument alternative au capitalisme, ne contient-elle pas en germe tous les renoncements et petits arrangements qui permettront au capitalisme de la digérer, comme Sarkozy digère aujourd'hui la gauche socialiste en France ?

A tous ceux dont les tripes hurlent OUI à cette question, le PCF doit ouvrir grand ses portes !

Aux autres qui pensent que cette plate-forme politique peut suffire et devenir majoritaire, qu'ils s'appellent PRS ou refondateurs, nous disons "nous sommes vos frères, travaillons ensemble à bâtir la citadelle qui fera reculer le capitalisme destructeur, et comptez sur nous pour que s'y dresse un solide donjon !"

4. Qu'un nouveau spectre se dresse pour faire reculer le nouvel ordre mondial !

C'est là où s'arrête le document de PRS que notre prochain congrès doit débuter. Avec une feuille de route en deux temps :

  • Définir le communisme du 21ème siècle, ses valeurs fondatrices et ses propositions concrètes.
  • Proposer les modalités de notre contribution à cette reconquête commune du territoire idéologique et politique, ou comment faire fonctionner le rassemblement de toutes les forces qui aspirent à se mettre en mouvement dans la même direction.

Bon ben au boulot maintenant...

07 juillet 2007 dans Un mouton noir chez les rouges | Lien permanent | Commentaires (0)

André Gerin : l'arme de destruction massive du nouveau communisme ?

Trublion orthodoxe du PCF, André Gerin a donc lui aussi rédigé sa contribution aux débats qui nous agitent. Essayons d'oublier le côté sulfureux du personnage pour nous concentrer sur ce texte...

1. Le communisme a de l'avenir !

Ah ben ça fait quand même du bien de lire ça... plusieurs paragraphes seraient à encadrer ! Enfin quelqu'un au PCF qui est convaincu que le communisme a de l'avenir, ou plutôt peut en avoir un si le sens de ce projet et son contenu sont redéfinis au regard des défis du 21ème siècle. Il reste donc des gens convaincus qu'une véritable alternative au capitalisme peut être pensée, et qu'en changeant profondément les règles du jeu cette alternative ne peut avoir qu'une portée... révolutionnaire. Un mot que l'on ne trouve plus que trop rarement dans les textes publiés par les instances nationales du PCF... (mais qui vient de resurgir dans les quelques pages du compte-rendu de la première réunion du collectif d'animation du congrès extraordinaire : l'espoir renaît ?!)

2. Mais pas seul...

André Gerin évoque le rassemblement, en précisant qu'un rassemblement ne peut se faire qu'autour de quelque chose. On ne peut qu'abonder dans ce sens : avant de se rassembler, il faut d'abord se connaître et savoir ce que l'on propose à ses partenaires, et sur quelles bases. Sa conception du rassemblement est finalement... de ne pas trop s'en préoccuper pour l'instant, mais de se concentrer avant tout sur la redéfinition et l'actualisation de notre projet politique. C'est en effet l'urgence et la première priorité pour notre congrès extraordinaire.

Mais il écrit aussi : "Toute tentative de recomposition politique, quelle qu’en soit l’éventuelle générosité, ne peut qu’aboutir à une impasse et à l’abandon du combat révolutionnaire." Et là il va peut-être un peu vite, car cette recomposition va se faire. Elle est devenue inéluctable avec le glissement à droite du PS : trop de forces sont aujourd'hui "en errance", de la gauche du PS à l'extrême gauche en passant par tous les alters, et veulent cette recomposition pour se retrouver "quelque part". L'ignorer et ne pas se poser tout de suite la question de notre place dans cette recomposition, y compris de la place d'un parti franchement communiste, c'est prendre le risque de nous marginaliser ou d'être incompris d'une grande partie de notre électorat potentiel.

3. Chassez le naturel...

Mais André Gerin ne peut s'empêcher de faire du Gerin. Et d'attaquer frontalement la direction en place en dénonçant la "béance" supposée entre la direction et les militants, et carrément le "mépris" de cette direction pour les militants... Mais ne peut-on déplorer l'oubli des références communistes par (une partie de) la direction, et proposer d'en changer, sans pour autant lui faire un mauvais procès... stalinien ?

Cette direction a été élue, et considérer qu'elle est illégitime si elle ne nous plaît pas serait justement mépriser les militants... Nous allons avoir un (ou deux) congrès, c'est l'occasion de redéfinir une ligne politique et d'élire une direction en phase avec cette ligne pour l'appliquer. On peut s'abstenir de vomir sur la direction actuelle avant d'en changer. Mais le personnage n'en est pas à ses premiers dérapages. Si ses contributions peuvent être enrichissantes (ou rafraîchissantes) sur le plan politique, les dérapages réguliers d'André Gerin le disqualifient d'emblée pour incarner l'avenir du PCF au niveau national.

06 juillet 2007 dans Un mouton noir chez les rouges | Lien permanent | Commentaires (3)

Pourquoi signer le texte "nous sommes inquiets" ?

L'épisode douloureux des collectifs nous a montré où cela menait quand on ne se dote pas d'un minimum de règles de fonctionnement et/ou que l'on ne les respecte pas : dans le mur. L'URSS nous a également montré où cela menait de ne pas avoir des règles démocratiques d'exercice du pouvoir, ou de ne pas les respecter : dans le mur (qui est tombé depuis).

Dans une note de novembre 2005, je faisais référence à un document essentiel rédigé par un certain Patrice Cohen-Seat du PCF, concernant les propositions pour une VIème république. Ce document est l'un de ceux qui m'ont convaincu que le PCF avait su analyser l'échec de l'URSS et en tirer plusieurs enseignements, en particulier en matière de démocratie, d'accession et d'exercice du pouvoir (lire aussi cette note d'octobre 2005).

Je serai de ceux qui seront de la plus grande vigilance en ce domaine, il en va de notre avenir et de notre crédibilité politique : pour ce qui est de la démocratie et du respect des règles de fonctionnement dont nous nous dotons, nous devons être exemplaires.

C'est pour ces raisons que je suis signataire du texte "Nous sommes inquiets" (également sur Bellaciao), bien que je ne souscrive pas forcément à 100% à tout ce qu'il contient (ou que je ne l'aurais pas dit comme ça).

Alors que pouvons-nous faire ?

Mais c'est très simple. Revenons-en aux textes. Le Conseil National du PCF a valablement convoqué un "congrès extraordinaire". Quel que soit le contenu des débats préalables (où tout et son contraire peut être dit, même n'importe quoi, la parole est libre), le relevé de décision précise uniquement qu'un congrès extraordinaire est convoqué. Même si des indications sont données quant aux pistes de réflexion pour le débat d'orientation, il n'est fait dans ce relevé de décision aucune restriction quant à l'application des statuts. Et c'est heureux. Ces statuts définissent clairement l'ordre du jour d'un congrès : "Les communistes procèdent en congrès aux choix d’orientation et à l’élection des comités exécutifs locaux, des instances départementales et nationales du Parti."

A chaque niveau, en commençant par la section, nous devons donc mener maintenant un profond débat d'orientation et élire notre exécutif. Point barre.

Nous sommes à un tournant de notre histoire, nous n'avons plus le temps de composer ou de tergiverser. Le PCF peut et doit mobiliser les ressources et contributions théoriques nécessaires pour définir le projet politique du communisme au 21ème siècle, véritable alternative au capitalisme mondialisé et financiarisé, et boussole indispensable pour une gauche qui ne sait plus où elle est et s'enlise dans les marécages de la "transformation sociale"...

03 juillet 2007 dans Un mouton noir chez les rouges | Lien permanent | Commentaires (0)

Dialogue avec Pierre Zarka : de la nécessité de faire clair et du zapatisme

A son tour, Pierre Zarka a publié un court texte dans l'Humanité pour livrer sa vision de l'avenir du PC (qu'on imagine donc assez proche de celle des "Communistes Unitaires").

Point positif, il souligne l'importance de nos relations avec les autres forces et mouvements anticapitalistes, et insiste sur la nécessité impérative d'une structure ad-hoc pour organiser ces relations.

Avant de revenir sur ce point essentiel, nous avons néanmoins relevé plusieurs ambiguïtés, ce qui est dommage pour un texte qui veut "faire clair" (au moins le texte des Huistes avait le mérite de ne pas tourner autour du pot). Disons que je n'arrive pas à comprendre certains points, mais on va certainement m'expliquer :

1. Sur la responsabilités des "forces politiques" dans l'échec des collectifs

Les forces politiques n'auraient "pas rendu possible le passage de tout cela à l'expression politique"... c'est aller un peu vite et réécrire en partie l'histoire ! Cet échec doit autant être imputé aux manoeuvres de certaines personnalités qu'aux forces politiques constituées (mais nous avions déjà écrit à l'époque sur ce sujet). Surtout, il illustre parfaitement les dérives que ne manquent jamais d'entraîner des structures de décision et de pouvoir aussi floues qu'anti-démocratiques. Pour mettre les points sur les "i", le pouvoir que se sont arrogé les quelques personnalités du Collectif National à travers cette absurdité du "double consensus" était totalement exorbitant, et constituait un droit de veto leur donnant de facto la possibilité d'ignorer purement et simplement le vote souverain des milliers de militants qui ont fait vivre les collectifs locaux (que ce soit par calcul délibéré ou par impossibilité réelle de parvenir à un "consensus" entre ces personnalités).

Non, les forces politiques ne se sont pas disqualifiées, et encore moins le PCF dont chaque décision majeure dans cette période douloureuse a fait l'objet d'un vote démocratique auquel ont massivement participé ses adhérents.

Si un enseignement doit être tiré de cet épisode pour l'avenir du mouvement unitaire, c'est que les structures nationales doivent être "au service" des structures locales, et devraient s'inspirer du zapatisme : "commander en obéissant" et rotation régulière de leurs membres désignés par les structures locales... Que pensent les "unitaires" de cette piste ?

2. Sur le contenu du projet politique

Pierre Zarka affirme qu'il est impossible d'avancer sans "penser de manière cohérente un autre type de société". D'accord, mais quand il détaille ce que serait cette nouvelle "cohérence communiste", cela donne "émancipation individuelle, appropriation progressive des pouvoirs et nouveau type de développement". Ce n'est pas vraiment clair, ou plutôt cela fait surtout référence à l'aspect formel ou institutionnel de la politique et de la citoyenneté, sans aborder directement l'économie. Or le citoyen est aussi un producteur et un consommateur. Que pensent les "communistes unitaires" de l'appropriation sociale des moyens de production ? (promis, je vais aller voir sur leur site...)

A cette réserve près, je rejoins totalement cette nécessité de penser un "autre type de société". C'est bien un autre système de valeurs qu'il faut opposer au capitalisme et au consumérisme (comme le souligne La Louve dans ce texte que je vous recommande). C'est pourquoi l'enseignement et l'éducation constituent un axe essentiel de ce projet politique.

3. Sur l'impossibilité pour le PCF d'exister sans une structure unitaire formelle

"Que l’un des deux espaces fasse défaut et l’autre ne peut exister. N’est-ce pas la douloureuse expérience que nous sommes en train de faire ?" NON ! Ce dont nous faisons la douloureuse expérience, c'est l'absence de règles claires et démocratiques pour faire vivre cet espace unitaire. Mais cette absence n'est pas un hasard, elle découle directement de l'absence de formulation explicite des objectifs d'une telle structure. Chacun peut ainsi poursuivre son "agenda secret" en tentant d'instrumenter à son avantage un "machin" dont la nébulosité démontrerait l'alter-modernité...

Mais nous reviendrons sur ce point, car il va bien falloir avancer des propositions.

4. Sur le dépérissement de l'Etat au profit d'une nouvelle citoyenneté (qui aurait manqué à l'expérience soviétique)

Là ce n'est plus la boîte de Pandore, c'est carrément le gouffre... Alors allons-y, pourquoi pas ! J'ai récemment découvert qu'un philosophe Italien (proche des refondateurs) avait avancé l'hypothèse que l'échec soviétique pouvait justement s'expliquer par l'intériorisation de cette perspective du dépérissement de l'Etat : celui-ci étant voué à disparaître, il était vain de vouloir le développer, notamment pour en faire un Etat de droit dans lequel l'Etat serait justement garant du respect des droits de chaque individu.

Cette analyse est séduisante. Si l'on veut en tirer tous les enseignements pour définir ce que pourrait être le communisme du 21ème siècle, la première conséquence serait justement qu'il faudrait bannir de notre corpus théorique cette perspective du dépérissement de l'Etat, et la remplacer par la volonté affirmée de développer un Etat de droit profondément démocratique. Ce qui ne signifie pas dépérissement de l'Etat, bien au contraire.

Reste à trouver des sources d'inspiration pour définir cette nouvelle citoyenneté. Si pour les "Communistes Unitaires" les collectifs représentent un modèle de citoyenneté et de démocratie, alors là on est mal partis... Après la dictature du prolétariat, on va avoir droit à la dictature des alter-aristocrates !

Les travaux du PCF sur la 6ème République me semblent une piste plus intéressante. Et si l'on veut vraiment chercher du neuf dans ce domaine, là encore l'expérience zapatiste peut être une source d'inspiration.

Mais revenons aux formes du rassemblement.

Dans ce domaine plus que dans tout autre, il va vraiment falloir "faire clair". Et ne laisser aucune zone d'ombre. Au-delà du problème déjà évoqué des règles de fonctionnement, deux questions majeures devront être abordées :

1. Quel objectif pour les élections ?

Pierre Zarka fait référence à la Première et à la Seconde Internationale. Quelqu'un peut-il éclairer ma lanterne et m'expliquer si l'une ou l'autre a présenté en son nom des candidats ? Si oui à quelle élection ? (je n'en sais vraiment rien...)

Cette question est fondamentale. De sa réponse découleront une partie des règles de fonctionnement que nous devrons établir. La réponse peut d'ailleurs différer selon le scrutin envisagé.

Si c'est NON, alors une forme assez proche de celle des collectifs peut être envisagée. L'objectif est dans ce cas de constituer un espace de dialogue et d'élaboration commune de contenus, une sorte de forum permanent pouvant également permettre des mobilisations communes autour des luttes.

Si c'est OUI, alors il va falloir définir très clairement la plate-forme politique et les règles de désignation, donc d'organisation des primaires pour les scrutins uninominaux, ou de constitution des listes pour les scrutins de listes. Et à mon sens le PCF devra avoir pour ligne de ne jamais s'engager dans un tel processus sans que ces règles soient très clairement, démocratiquement et totalement définies au préalable. C'est pas gagné...

2. Quelles règles d'accès au financement de la vie politique ?

Disons le clairement : tous ces débats ont également en filigrane le problème de l'accès au financement public de la vie politique. Cette question est aussi une dimension essentielle de la question précédente, à savoir la façon dont on aborde "à plusieurs" une séquence électorale... Là aussi, il faudra que nous soyons bien clairs dès le départ, ce qui suppose d'abord une information transparente sur les modalités de ce financement public (qui est volontaire pour une petite note de synthèse ?), afin que nous disposions de tous les éléments du débat.

La formalisation nécessaire du rassemblement pose donc des questions de fond qui ne pourront être résolues dans l'urgence. Mais elles doivent être posées et avoir des réponses pour que le PCF puisse se positionner clairement.

En attendant, l'urgence pour notre congrès est surtout de redéfinir notre projet politique : la visée communiste au 21ème siècle. Car comment définir les modalités d'un rassemblement avec d'autres quand on ne se connaît pas soi-même ?

26 juin 2007 dans Un mouton noir chez les rouges | Lien permanent | Commentaires (2)

Communisme 21 : le flacon sans l'ivresse

Alors ça y est, le grand débat sur l'avenir du PCF et la recomposition de la gauche a commencé. Les "amis de Robert Hue" (alias "Communisme 21") viennent de verser leur contribution à ce débat. En voici une lecture critique, totalement personnelle et "brut de décoffrage"...

1. Sur l'analyse de "l'échec électoral" de MG Buffet

Je passe sur la (longue) analyse initiale de la situation politique nationale actuelle. Rien de bien nouveau de ce côté-là.

Par contre, je ne partage pas du tout l'analyse proposée de l'échec de MG Buffet (au-delà de l'incidence du vote utile) : en dépit de l'intérêt suscité par les propositions déclinées pendant la campagne, l'échec de la candidature s'expliquerait par la non adhésion de l'électorat à la stratégie politique choisie : "que la 'vraie gauche' l'emporte d'abord sur les autres, puis qu'elle les rassemble pour pouvoir enfin gagner et mettre en œuvre sa politique"... Le PCF aurait échoué parce qu'il n'aurait pas réussi à "imposer dans la campagne présidentielle l'enjeu d'un changement de la donne à gauche".

Vous croyez vraiment que la ménagère de moins de 50 ans en a quelque-chose à faire de ces questions ?

Mon analyse est totalement différente : comme je l'ai suggéré à l'époque, je suis convaincu que la campagne a patiné parce que les propositions avancées étaient des mesures d'accompagnement et de protection des gens, pas des propositions de changement radical des règles du jeu. Et donc qu'elles n'étaient tout simplement pas crédibles. Les gens se disaient : "c'est bien joli tout ça, mais c'est la mondialisation, alors...". La campagne de MG Buffet n'était pas communiste : Mélenchon aurait pu faire la même !

Le document de "Communisme 21" ressasse ad nauseam les problèmes de processus politiques, et passe complètement sous silence les enjeux de contenus. Le problème n'est pas de savoir quelle est la bonne stratégie d'alliance ou de recomposition. Il est avant tout de savoir si nous avons une alternative à proposer au capitalisme, et si oui de le faire savoir très clairement !

2. Sur la fin du PCF... et la fin du communisme !

D'accord pour renouveler et réactualiser la pensée et le projet communistes, ainsi que nos modes de fonctionnement. Marx n'est pas coulé dans le bronze... Mais en quoi cela nécessiterait la mort du PCF ? Le document postule carrément que PCF = marxisme sclérosé = parti stalinien = bon à jeter !

Mais surtout, il évoque à plusieurs reprises l'échec du communisme... alors nous y voilà. Pour les auteurs, le "communisme" c'est fini, c'est de l'histoire. Le terme pourrait encore être utilisé comme référence culturelle, définie en négatif comme étant de l'anticapitalisme, et en positif comme une vague aspiration à un monde meilleur, aspiration que l'on partage avec "le mouvement"...

Ca m'intéresserait de savoir ce que les signataires de ce texte pensent de l'appropriation sociale des moyens de production ! Plutôt que de consacrer des pages entières à la "recomposition" ou à nos relations avec "le mouvement"...

3. Sur les propositions pour un autre parti

Assez de propositions de recomposition ou d'organisations ou de processus. Tout ça c'est de la foutaise, bonne pour ceux qui ne savent pas qui ils sont ni où ils vont, et ne veulent surtout pas se poser la question ! (bon là je m'emporte, c'est pas bien)

Il ne faudrait surtout pas que le PCF se transforme en un vague machin utilitaire balloté dans le mouvement, sans savoir ce qu'il propose tout en participant à de multiples forums...

Un forum, ça réunit ceux qui sont contre la même chose (le capitalisme).

Un parti, ça réunit ceux qui sont pour la même chose (le communisme en l'occurrence).

Les partis (et leurs militants) peuvent participer à des forums, pour y apporter leur contribution mais aussi, bien sûr, pour nourrir leurs réflexions et mettre en débat leurs propositions.

Le nouveau parti que nous propose "Communisme 21", il est pour quoi ? On ne sait pas... ça commence bien ! Dialoguer avec le mouvement c'est bien, mais pour dialoguer il faut avoir une parole à proposer...

L'urgence est aujourd'hui de développer nos propositions politiques, avec un grand P cette fois. C'est ça le gros travail que nous avons à faire. Alors le mot "communisme" commencera à prendre un nouveau sens, d'une actualité brûlante pour la ménagère de moins de 50 ans.

Six axes me paraissent essentiels pour articuler notre vision du communisme :

  • Appropriation sociale des moyens de production, dé-financiarisation de l'économie, encadrement de l'économie de marché.
  • Elargissement, rénovation et renationalisation des services publics.
  • Education à l'esprit critique, à la non-violence et à la fraternité.
  • Politique internationale, rapprochement avec nos camarades d'Amérique du Sud.
  • Nouvelle mondialisation économique et lutte contre les délocalisations.
  • Développement durable tant économique que humain (et donc environnement, énergie, alimentation et santé publique).

Après, les questions des formes et des moyens d'action ainsi que des alliances politiques devront être aussi abordées, mais ce sera déjà plus facile quand nous aurons redonné un contenu palpable et porteur d'espoir au mot "communisme"...

22 juin 2007 dans Un mouton noir chez les rouges | Lien permanent | Commentaires (1)

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